Démocratie: le grand paradoxe

On ne peut pas ouvrir un oeil sans qu’on nous montre la beauté de la jeunesse, des mannequins adolescentes, des actrices qui pourraient être encore en fac, des chanteurs qui passent le bac.

L’éternelle jeunesse est le modèle de chacun

Mais en réalité, les jeunes n’ont aucun poids démocratique; ils ne décident de rien, sauf peut-être de repousser toute réforme de l’Université.

50% des électeurs ont plus de 50 ans. les choix politiques et les stratégies gagnantes sont celles qui favorisent les personnes âgées (N. Sarkozy a été élu grâce à son score de 65% sur les plus de 60 ans)

D’où une proposition originale: celle de la démocratie complexe où les parent bénéficieraient d’un droit de vote proportionnel à leur nombre d’enfants. Après tout , le rôle des politiques n’est-il pas de préparer l’avenir ? Et pourquoi ne pas donner du poids aux principaux concernés ?

Il y a néanmoins assez peu de chances que les sénateurs la laissent s’inscrire un jour dans la constitution

Publicités

Des élections rassurantes pour la France

Quoique puissent en dire le PS et le Modem, grands perdants de ces élections, ces élections sont rassurantes.

Alors que le monde vit sa plus grande crise économique depuis 80 ans, que le chômage augmente tristement et inexorablement, que les rues sont pleines de manifestants qui défendent un pouvoir d’achat en berne, alors que le pire est encore devant nous, que l’extrême droite aux Pays-Bas réalise le deuxième meilleur score, on ne semble pas prêts, au moins en France, à rejouer le déclin de la République de Weimar.

Les listes extrêmistes font des scores en retrait: Le FN perd plus de la moitié de ses députés, la liste « antisioniste » de Dieudonné n’a pas surfé sur la récente unanimité contre Israël à la suite de la guerre de Gaza. Les partis « médiatiques » de contestation à gauche, NPA, et à droite (de Villiers) restent incapables d’obtenir des députés.

Jusqu’à l’analyse de l’echec du Modem et du PS, à qui on reproche de s’être battus sur un discours hors-sujet, l’antisarkozysme, qui conforte une rationalité éclairée des électeurs, qui souhaiteraient qu’on s’occupe des problèmes importants, l’économie et l’écologie, où objectivement l’europe était le bon niveau d’intervention, et les tergiversations inadmissibles.

Le gouvernement français en sort renforcé, comme tous les partis de droite en Europe, en application d’un bon principe qui veut que dans les temps troublés, on est plutôt conservateur. La thématique sécuritaire de ses derniers jours y a peut-être aidé, et en tout cas les résultats confirment l’habileté politique de Nicolas Sarkozy.

Et du côté des grands gagnants, Europe Ecologie, tout un programme, un discours contre la corruption (Eva Joly), pour l’écologie, avec un zeste de populisme moralisateur (José Bové), et un leader Cohn-Bendit qui a délaissé ses appels révolutionnaires pour participer à la vie de la cité avec succès depuis 40 ans, dans le cadre de l’économie de marché.

Non décidément, une élection bien raisonnable.

En espérant que l’abstention, historique à 60%, ne cache pas des rancoeurs désabusées annonciatrices de lendemains qui déchantent.

Des Français raisonnables, on risque d’en avoir besoin, quand on voit le futur que nous prédit jacques attali

La fin du libéralisme économique ?

Avec la crise financière, on entend bien des donneurs de leçon, en particulier sur la gauche de la tribune, crier que c’est la fin d’un modèle.

Fin du capitalisme pour certains, une grossière erreur.
Le monde tourne depuis maintenant longtemps sur le principe que des intérêts privés sont la source principale de la croissance (et donc de l’argent dégagé pour payer des services de santé, d’éducation, des retraites, de la protection militaire, policière et judiciaire, sans parler du pouvoir d’achat et de meilleures conditions de vie), en recherchant leur profit personnel par l’affection de leurs capitaux aux projets qui leur semble les plus rentables. On ne voit pas en quoi le fait que certains ait perdu leur chemise en empêcherait d’autres de continuer à jouer. Après tout, c’est le principe même de la concurrence: il y a des perdants

Fin du libéralisme économique ?
Le sujet est plus subtil: le libéralisme, pour faire simple, c’est que les marchés sont efficaces sous réserve d’une régulation efficace, et qu’il ne faut donc pas les entraver.
Voilà qui est plus difficile à discuter.
D’abord apparaît pour la première fois de façon si criante la faille théorique: qu’appelle-t-on une régulation efficace ?
Il apparaît maintenant clairement qu’une régulation est un ensemble de conventions basé sur des compromis pour essayer d’équilibrer des rapports de force entre producteurs et consommateurs.
La nature même de la concurrence pousse à la concentration des entreprises pour gagner de la rentabilité par effet d’echelle, augmenter son influence sur le marché et pouvoir mieux dicter ses conditions, et au bout du compte débouche sur des oligopoles, et, en l’absence complète de régulation, sur le monopole.
Ce qui fait que la concurrence porte en germe en elle-même sa destruction, une analyse très peu nouvelle puisqu’elle date de Marx !
Donc la régulation vise à maintenir l’existence d’une concurrence qui d’elle-même va vers sa disparition.
C’est forcément artificiel et arbitraire. C’est quoi une position dominante ? 50% de part de marché ? 62,8% ? 33,141592% ?
Donc contestable.

Mais bon, la difficulté à définir le gris n’empêche pas que le blanc et le noir ont une existence objective.
De même des esprits de bonne volonté finissent par s’accorder sur une façon de réguler acceptable. On est cependant en plein dans le pragmatisme, loin de la théorie, et déjà plus dans l’idéologie.
Peut-être donc la fin de l’idéologie du libéralisme. La fin des sermons sur le laisser-faire, qui cachaient surtout un vide conceptuel.

Mais, la fin du libéralisme économique?
D’un côté non, puisque tout le monde se précipite pour sauver le système. Avec un discours indécidable entre “l’auto-régulation du marché a failli, instillons un minimum d’action politique pour que ça puisse perdurer” et “c’était juste mal régulé, la faute aux politiques, mais on y arrivera la prochaine fois”
Avec au bout du compte l’envie de maintenir les règles du jeu qui prévalaient hors situation de crise

D’un autre côté, et c’est là que je voulais en venir, des nouveaux discours en rupture totale:

– “il faut soutenir les banques coûte que coûte”: il en va de la survie de l’économie. L’argument est peut-être économiquement fondé, mais politiquement il est faible car définitivement suspect. N’est-ce pas un prétexte à tous les copinages ? Un réflexe de caste ? etc… Et d’ailleurs, n’est-ce pas étrange que les US ait laissé chaviré la banque étrangère (anglaise) Lehman, et pas les banques nationales ?
Mais admettons qu’il passe, au bénéfice du doute.

– “il faut soutenir l’activité, à temps exceptionnels , solutions exceptionnelles; activons la dépense publique”. Voilà qui est encore moins orthodoxe. Le libéralisme ça marche , mais que quand tout va bien, en fait ? Peu rassurant pour une doctrine. Et comment définit-on que tout va bien ? Le ver est dans le fruit. Surtout si on applaudit la décision du gouvernement chinois de relancer son marché intérieur massivement. La Chine, gouvernement autoritaire d’un pays traversé par les crises écologiques et les scandales sanitaires, pas l’exemple parfait du libéralisme (sans parler des 3000 condamnés à mort executés par an)

– mais le point de non retour est atteint quand on nous explique qu’il faut sauver l’industrie automobile américaine, un symbole, “elle a construit ce pays”, un actif stratégique (militaire), une contribution trop importante au tissu industriel. En réalité une faillite qui est la conséquence de choix industriels et marketing desastreux, bref l’illustration même de ce qu’une concurrence saine doit faire disparaitre.
A supposer que des mesures de conservation soient effectivement prises, quelle sera la crédibilité des USA pour imposer à d’autres pays (euh la chine ?) des mesures libérales ? Aucune

C’est donc bien à un grand retour de l’Etat, de la volonté politique, à laquelle on assiste maintenant, réclamé à cor et à cri par ceux-la même qui ont le plus à perdre (les détenteurs d’actifs financiers) et qui souhaitaient sa disparition il y a peu encore.

Image
“La gouvernement civil est en réalité institué pour défendre les riches contre les pauvres”
Adam Smith, économiste écossais( 1723-1790), auteur de la Richesse des nations (1776), oeuvre fondatrice du libéralisme.