la suite d’apple

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J’avais cet article dans un coin de ma tête depuis un petit mois.

La soudaine annonce de la démission de Steve Jobs, qui à 56 ans abandonne la direction opérationnelle de l’entreprise qui était toute sa vie n’augure rien de bon sur sa santé. Je suis utilisateur de produits Apple depuis 26 ans, et je suis toujours fasciné par ce mélange de passion et de professionnalisme qui a toujours caractérisé cette société sous la direction de Jobs. Steve Jobs a révolutionné deux fois l’informatique, la téléphonie et la musique. Alors ce soir, comme une sorte d’hommage, je voulais finir cet article très vite, sans doute un des derniers que je ferais sur Apple

Apple vient de sortir son nouveau système d’exploitation, Lion. On peut y voir les prémisses de tendances importantes pour l’industrie de l’informatique:

– la souris va disparaître, peut-être plus vite encore que je ne l’imaginais il y a dix-huit mois, remplacée par des trackpads multi-touch (on attend toujours une traduction française) qu’on effleure de ses doigts. Une réussite

– les interfaces utilisateur mobiles (tactiles, sur tablette et smartphone) et PC vont vers une harmonisation. Il me semble que cela participe à la fois d’une synergie de coûts et d’un lock-in de l’utilisateur grand public, qui y trouvera un peu son intérêt par une simplicité accrue, quand l’utilisateur expert risque d’être un peu désorienté.

– cette harmonisation concerne aussi le système d’exploitation avec derrière la révision de la notion même de document et de celle d’application ouverte. Il n’est plus nécessaire de sauver les documents, cela se fait tout seul, et les versions successives sont conservées de façon transparente. On ne devrait plus perdre de document. On revient de loin. Les applis se chargent en mémoire ou se déchargent selon besoin, tout en conservant leur contexte (fenêtres et documents en cours). C’est espère-t-on la fin de ces paniques stupides où il faut tout ranger car quelque chose est en train d’exploser.Ces bénéfices seront disponibles largement…

… si tant est que les applis soient mises à jour par les développeurs. L’incitation est forte: courir ou mourir

– enfin à travers la généralisation du système d’app store, Apple à la fois reproduit le modèle de l’iPhone qui lui a si bien réussi pour générer des revenus supplémentaire tout en rendant le client captif, mais aussi porte un coup au piratage, en se donnant un contrôle plus fort sur ce qui est sur l’ordinateur du client. Enfin dans un premier temps, car celui-là n’est jamais vaincu.

– cela ouvre la voie à des usages en contexte de mobilité, en synchronisation forte sur les données, à travers des applis jumelles, et en s’appuyant sur le cloud, dont j’ai déjà parlé et sur leur nouveau et gigantesque data -center

– enfin pour finir des choix de design contestables avec la disparition d’éléments d’interface des applications pour mettre en valeur le contenu, sans doute dans un souci d’esthétique, mais également de simplification pour le grand public, tout en favorisant la concentration sur ce qui appartient au client, peut-être aussi en réaction à ce monde hyper-connecté et intrusif où nous vivons maintenant avec les réseaux sociaux.

Les bases pour une nouvelle et longue croissance sont bien là. Peut-être moins dans l’innovation mais dans un longue guerre de position. Apple s’attaque maintenant à Microsoft, et le gâteau est large. Espérons que Steve Jobs sera encore là longtemps pour nous en parler et nous faire rêver.

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Le marketing, le storytelling et la folle boussole de l’affaire dsk

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Quand on fait du marketing grand public, la qualité du boulot repose avant tout sur la capacité à comprendre ce que veulent les gens.

C’est toujours très riche de partir de son propre ressenti, mais tout le monde n’a pas l’empathie d’un de Niro ou d’une Binoche, et on voit tellement de marketeurs de comptoir dont l’égocentrisme a brouillé les facultés d’analyse, qu’en définitive, un reality-check est toujours utile et souvent nécessaire.

Ce que veulent les gens… Terme vague qui désigne aussi bien les power users, ces consomm-acteurs en avance de phase qui expérimentent un service souvent avec un brin d’intérêt maniaque, que Mme Michu, terme consacré, un rien méprisant, pour désigner le coeur de cible d’un produit mass-market, la fameuse ménagère de moins de cinquante ans, dont le salaire médian tourne autour de 1600€ nets par mois, autant dire qu’il n’y a pas beaucoup de marge pour le superflu, et que le produit / service mal pensé ira droit à la gigantesque poubelle des inventions géniales incomprises .

Et pour comprendre les gens, c’est intéressant de voir comment ils réagissent à des évènements un peu en rupture. En tout cas, moi, pour paraphraser Katerine je trouve ça fascinant.

Et alors là, avec l’affaire dsk on est vraiment servi.

On se croirait dans un vieux film de science-fiction où le monstre extra-galactique prend la forme que le dernier regard veut bien lui donner.

Comme un miroir qui renverrait à la société ses propres peurs, l’affaire dsk est devenue le terrain de jeu d’une compétition mondiale de storytelling, cet art consistant à mettre en musique quelques faits plus ou moins objectifs pour évoquer dans le cerveau de celui qui reçoit le discours l’illusion d’une logique, d’un sens, bref une histoire, qui le fera adhérer au message voulu par le communiquant.

Les médias ne subsistant que grâce à cet appétit terriblement humain du public pour les contes, enraciné dès la plus tendre enfance et depuis des millénaires, s’affrontent dans la surenchère, en particulier sur le net où l’attention est si infidèle. L’affaire dsk est selon certaines sources l’événement le plus médiatisé de ces 10 dernières années et dsk serait devenu l’homme le plus connu au monde !

Mais ce n’est rien face à la foule des Zorros anonymes débusquant la moindre miette d’information, et reconstituant la pièce montée sur leur timeline Twitter. Et parmi eux pleins de gens, avec leur mot à dire.

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Le décor est posé, le public est là, quelle pièce a-t-on jouée ?

Véritablement, tout et n’importe quoi, séparément ou simultanément:

– la lutte des classes, riche contre pauvre, bourgeois contre servante, capitaliste contre travailleuse, élite mondialisée contre immigration prolétarisée

– le racisme, blanc contre noir, occidental contre africain, américain contre français, un soupçon d’antisémitisme

– le sexisme, dominant contre dominée, mâle brutal contre femelle terrorisée, pratiques de harcèlement camouflées en approches de séduction

– la différence culturelle, vie privée contre droit à l’information, puritanisme contre libération des moeurs, journalisme de caniveau contre journalisme d’investigation

– le clivage des valeurs, monde moderne libertin contre éducation religieuse et traditionnelle, éthique musulmane et culture peule radicales.

– la récupération politique, gauche caviar nageant dans les millions, logique libérale du fmi, brevets d’immoralité pour avoir choisi un pervers, rumeurs, contre-rumeurs, démission collatérale de ministre dans scandale sexuel , ex-ministre accusé de pédophilie, ex-ministre irresponsable pour dénoncer sans preuve, pour ne pas dénoncer même sans preuve…

– le comparatisme France Etats-Unis, à toutes les sauces, équité de la justice américaine et de sa police versus leurs contrepartie gauloise corrompue, fonctionnaires irresponsable nommés contre représentants populistes élus, poids de l’argent qui protège les puissants et salit les victimes, prisons inhumaines surpeuplées et assassinat médiatique contre efficacité austère et impartiale

– le roman à l’eau de rose, l’amour aveugle envers et contre tout, le sacrifice d’une vie

– l’amour filial, indéfectible et gage de pureté

– les théories du complot, avec dans l’ombre sarkozystes maltraités dans les sondages, bloggeur et député UMP à gouverne, financiers de Wall Street endettés en grèce, pouvoirs russes et chinois opposés à l’érosion du dollar, et dernièrement gouvernement US souhaitant cacher la disparition de l’or de sa banque centrale, police sous influence élyséenne, procureurs approchés, …

– le feuilleton télé, où l’on a revu tous les détails de l’action, chaque version contredisant la précédente, aucune n’étant sourcée de façon indubitable, avec déjà les produits dérivés: faux clips, jeu vidéo, fausses photos, caricatures…

– le retour fracassant et annoncé définitif du féminisme, avec un mélange de généralisations hâtives inaudibles et d’anecdotes vécues terribles sur lesquelles flotte l’incertitude de leur représentativité

– en ombre chinoise non assumée, l’appât du gain entre en scène, mobile nécessaire d’un épisode qui laisse 57% des français dubitatifs, tandis qu’apparait à la lumière la réalité des dommages obtenus dans des affaires semblables avérées et symétriquement des tentatives de chantage déjouées.

… Il faut bien s’arrêter car il semblerait qu’on ait construit le mythe ultime: tout discours peut être dsk-isé, c’est-à-dire prouvé à partir d’une relecture de ce qui c’est passé à NewYork chambre 2806. Le plus étonnant étant peut-être que l’on ne connait toujours rien de la victime présumée… laquelle n’a d’ailleurs toujours pas porté plainte.

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Mais quelle story veux-je vous raconter ici ?

Peut-être le discours paradoxal suivant: le story-telling atteint ses limites. La production d’information devient de plus en plus incontrôlée et malgré l’attente du public, il devient de plus en plus difficile de lui donner un sens partagé et relativement incontestable. Quelque part, c’est inquiétant. Si on ne peut plus croire à rien, c’est le sens social qui se perd, les motivations d’agir qui s’émoussent. J’y trouve comme un climat d’avant l’orage. L’impression que quelque chose va éclater. Mais quoi ? La suite au prochain numéro ?

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Ziinga.com ou la vengeance de l’épicier…

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Gagner de l’argent sur un site de e-commerce, c’est loin d’être évident.

Pour faire court, vous êtes en concurrence avec des sociétés multi-milliardaires qui font du commerce en vendant tout ce qui peut être profitable depuis 30 ans, et ne dégagent que 1 à 2 % de marge nette sur chiffre d’affaires.

Mais à supposer que vous ayez trouvé un modèle d’affaire rentable, par exemple en vendant des produits non trouvables facilement dans le commerce physique, ou en économisant sur les frais de stockage ou de personnel, vous êtes à un clic d’un concurrent online potentiel qui fera la même chose que vous et vous obligera à tirer les prix vers le bas.

Internet ou le retour de Marx, qui comme chacun sait prévoyait l’effondrement du capitalisme par l’annulation du taux de profit du fait de la concurrence ?

Du coup, après une décennie de course à la part de marché où tous les acteurs du e-commerce ont essayé d’éliminer leurs concurrents en se battant sur le prix, on voit apparaître de plus en plus de tactiques pour rendre les prix moins comparables, et la concurrence moins dure: prix de livraison opaques, services d’assurance facturés en sus, délai de livraison allongés, …

Et voilà que survient un site qui me paraît être le Michel-Ange de l’épicerie: ziinga.com

En effet ce dernier réussit le miracle de vous vendre le droit de payer plus cher !

Enfin plus précisément, de vous vendre plus cher que le prix du produit, le droit de l’acheter moins cher…

Le dernier iPhone a par exemple été vendu environ 20 000 €…

…qui se répartissent entre 19 800 € de droit de l’acheter, répartis entre tous les candidats acheteurs, et 200 € de prix d’achat pour un acheteur unique.

L’astuce est de vous faire croire que vous pouvez être cet acheteur unique en faisant payer le droit de l’acheter aux autres. Et bien sûr en vrai, ça ne se passe pas comme ça: vous payez en moyenne la même chose que les autres, c’est statistique

S’il y a assez de candidats acheteurs, par exemple 1000, vous payez 19,80€ une chance sur 1000 de pouvoir l’acheter 200€. Mais comme vous ne savez pas que vous êtes 1000 dessus, ça vous parait une bonne affaire ! d’autant plus que vous ne payez pas les 19,80€ en une fois mais par coups de « crédits » qui valent environ 1€…

Le plus incroyable, c’est qu’on peut aussi acheter ces « crédits » pour dix fois leur prix, avec le même système ! En vous y prenant bien, votre iPhone peut vous revenir à 200 000€ 😉

Le plus drôle, c’est qu’une fois le site construit, vous pouvez le gérer avec 3-4 personnes: hier, si les chiffres affichés sont exacts, il a été vendu pour environ 40 000 € sur environ 20 produits (plus les droits d’acheter associés): une épicerie, je vous dis !

Est-ce que tout ça est bien légal ?

Ça en a l’air. Le site a réussi l’exploit de transformer ce qui dans la pratique s’apparente pour le commun des mortels à une loterie, une activité règlementée, en site d’enchères sans obligation d’achat, un domaine a priori libre. Mais on pourrait plaider l’abus de droit. Des sites d’enchères inversées sur un principe un peu équivalent ont été contraints à la fermeture.

Est-ce que ça a un avenir ?

Dans sa forme actuelle, les profits me semblent bien trop élevés pour pouvoir créer une audience fidèle (on paie 10 à 100 fois le prix normal, statistiquement. A comparer à la Française des Jeux où l’on ne paie que deux fois les sommes reversées ). Par contre, rien n’empêche ziinga de diminuer ses marges. Et s’ils ne le font pas, la concurrence les y poussera…

Plus généralement, on va probablement voir se développer des rapports marchands un peu différents, où l’on vous « vendra » des services de divertissement ou de l’espoir de gains rapides de façon plus ou moins transparente. La difficulté étant de trouver le bon curseur entre la tromperie manifeste et l’exploitation du goût naturel de beaucoup pour les jeux de hasard.

Next Big Thing, la suite

Bon j’ai un papier en retard.

Qu’est-ce qui va nous arriver dans les 10 ans ?

Ce genre de sujet est difficile.

D’abord il y a de la concurrence. Plein de gens qui disent n’importe quoi, et qui se recopient les uns les autres. Difficile de trouver la bonne inspiration.

Ensuite, à la différence de la plupart des processus d’apprentissage, il n’y pas de boucle de rétroaction. Pas d’instituteur sévère pour vous taper sur les doigts en vous disant « vous vous êtes trompé »; il est donc quasi impossible d’apprendre de ses erreurs, tout simplement parce qu’on ne se rappelle pas vraiment ce qu’on pensait il y a 5 ans et surtout, quelles étaient les hypothèses associées.

Il faut donc avoir au fil du temps à la fois la vision sur ce qui plait (facile, ça prend juste un peu de temps), et sur ce qui est rentable (beaucoup plus dur, car on ne claironne pas sur les toits sa situation financière instantanée, et encore moins ses échecs); et en construire des intuitions, qui, par définition ne sont pas des argumentaires rationnels, et donc toujours délicates à communiquer

Ces précautions un peu hypocrites étant posées, que dire ?

D’abord le cadre:

– connectivité permanente et abondante (de plus en plus forfaitisée, c’est-à-dire non payée à l’usage, même si le mobile résistera plus longtemps que l’accès fixe, pénurie de ressources hertziennes oblige)

– domaine de la gratuité de plus en plus étendu,

i. parce personne ne veut payer pour du contenu, tout au plus paie-t-on pour un support pratique, mais un nouveau support digital, c’est tellement intangible que c’en est une gageure

ii. parce que la dynamique des startups innovantes fait qu’elles doivent d’abord croître pour se valoriser (et le gratuit est la meilleur dépense marketing, celle où le coût d’acquisition client est le plus faible), et qu’une fois établi, on trouve toujours un business model de financement gratuit, que ce soit par la pub ou par le rachat pour conforter des services tiers (augmentation de la stickyness / diminution du churn). Une variante de cet argumentaire étant de remarquer que les internautes les plus efficaces pour créer du buzz, et donc les moteurs de toute campagne de marketing virale sérieuse, sont les post-ados, qui n’ont pas d’argent.   

iii. parce que le gratuit est déjà très présent, ou au moins la gratuité marginale (on ne paie pas plus pour consommer plus) comme on peut en trouver des exemples ici

– arrivée dans la vie professionnelle des « digital natives », ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre que le numérique et la connectivité permanente

– effondrement du prix du hardware, en particulier des écrans

– basculement de l’économie mondiale à l’Est, avec un milliard d’individus solvables ayant de nouveaux besoins à satisfaire

… et les prédictions :

– floraison de devices dédiés divers: GPS, e-books (orientés presse et magazines), lecteurs Vidéo On Demand, cadres photo (e-paper couleur), aides cuisine (reliés à l’achat par internet), ordinateurs de bord sur vélo, coaching sportif (gps), traqueur d’animaux familiers, suivi médical…

– parallèlement le smartphone résiste en complémentant les innombrables mobiles applications par des périphériques dédiés modulaires et devient l’interface de commande de référence dans la maison

– dissociation physique du smartphone entre la composante voix (intégrée dans des bijoux déco) et la composante donnée sur écran. Les durées de communication explosent. Pénétration très progressive cependant.

– réalité augmentée banalisée (smartphones, voitures) donnant accès de façon visuelle en surimpression à des informations sur son environnement physique immédiat.

– moteur de recherche graphique, qui, à travers le mobile , donne accès à de l’information sur ce que je vois: produits, lieux, gens (reconnaissance des visages). Plutôt payant car couteux en ressources de calcul.

– disparition de la souris. Accès des personnes âgées à l’internet.

– accès possible à toutes ses données personnelles depuis n’importe quel point (PC) de connexion. Backup permanent

– disparition des CDs DVDs CD-ROMs, … Tout est dans le Cloud et téléchargeable.

– fin de l’hégémonie des cartes bancaires; le mobile devient un outll de paiement accepté presque partout

– début de la disparition de la TV comme média de broadcast inscrit dans une grille de programme, pour devenir un terminal connecté de plus, orienté loisir, nourri par un flux de contenu déstructuré et personnalisé.

– création de licence globales dans certains pays et sur certains secteurs faute d’un business model rentable (musique, presse, une partie des contenus vidéos)

– communautarisme de réseaux: les gens se regroupent par affinité, pour le meilleur (réseaux d’affaires, sociaux, …) ou pour le pire (pirates, pédophiles,…) , à travers des outils de communication privées bien sécurisés, inaccessibles aux Etats, où ils s’échangent informations et données en impunité forte.

– parallèlement le concept de vie privé devient de moins en moins pertinent , d’abord parce que les jeunes ne s’y retrouvent pas, ensuite parce que chaque action privée devient une brique de son personal branding qui est nécessaire à toute existence sociale. De toutes façons, vidéosurveillance, tracking mobile et badgeage sont devenus omniprésents

– l’internet des objets fait son apparition, puisque ceux ayant le plus de valeur sont maintenant identifiables à distance à travers des étiquettes RFID donnant droit à des services additionnels au consommateur.

– le travail est modifié: le télétravail est banalisé pour faire face à l’augmentation des loyers de bureau et éviter l’inconfort des open space; la collaboration en ligne, wiki et autres blogs, devient indispensable en entreprise pour retenir les nouveaux embauchés et garantir la réactivité dans une économie mondialisée toujours plus concurrentielle. On peut d’ailleurs trouver ironique cette socialisation de l’espace de travail sous la pression des actionnaires.

– les concepts qui ont créé la société de consommation, produits et marques, doivent s’adapter dans un contexte de demande paradoxale qui exige des premiers non seulement de de ne plus être jetables mais d’être évolutifs tout en restant fiables, et des deuxièmes d’être transparentes et crédibles tout en rejetant leur communication traditionnelle. Les pistes de solution ne sont pas claires et la transparence sous forme de produits virtuels (miroirs des produits physiques) et de communautés d’utilisateurs auto-gérées, outre qu’elle laissera de nombreuses entreprises sur le carreau car incapables de suivre, pourrait entrer en conflit avec des circuits de distributions et des tactiques de pricing de plus en plus opaques.

A celà s’ajoute que la société de consommation étant intrinsèquement basée sur la création de nouveaux besoins dénoncés comme futiles par une partie croissante de la population occidentale (qui s’inquiète à juste titre des conséquences de la poursuite de la croissance sur l’équilibre écologique à l’horizon d’un siècle), le risque d’une déflation en Occident existe, tandis que l’Orient sera lui aussi naturellement concentré sur la fourniture des produits et services les plus basiques pour sa nouvelle classe moyenne.

– une vision optimiste serait une évolution vers une société de création, où sous l’impulsion de « role models » mettant en valeur l’expression de soi, le temps libéré par la baisse de consommation serait consacré à des activités plus créatrices et finalement plus satisfaisantes, lesquelles, dans une économie numérique ne sont pas très couteuses. Plutôt que de s’endetter pour s’acheter une voiture neuve, on fera des photos pour décorer sa maison.

Et pour finir ?

On pourrait dire que les années 70s et 80s ont été celles de la consommation, favorisant la vente de produits, les années 90s et 2000s celles de la communication, favorisant la consommation de services plus ou moins payants, et on peut se demander si les années 2010s ne seront pas « sociales »

« Sociales » au sens où l’économie social-démocrate qui gouverne l’Occident pourrait glisser de plus en plus dans le social:

– déstabilisée par une crise financière sans précedent depuis 29, qui a dynamitée la croyance dans un modèle de capitalisme individuel pouvant s’auto-réguler, et dont la survie n’a été possible qu’à travers une intervention massive de l’état   

– attaquée par l’économie numérique dans le fondement même d’un de ses pilliers, l’ordre marchand, à savoir le lien entre la propriété et l’usage. Une propriété de plus rejetée implicitement au moins en partie par la majorité de la population jeune montante, qui vit dans un monde de gratuité pour ses loisirs. Une population qui par ailleurs à de grandes difficultés à accéder par le travail à un niveau de vie égal à celui de la génération précedente.

– mise en accusation dans sa nature même à cause de ses responsabilités passées et futures dans le réchauffement de la planète, risque écoloqique global maintenant reconnu par l’opinion publique

– enfin construite de plus en plus sur une inter-relation forte entre ses membres, une autre façon de dire que la valeur boursière est de plus en plus « user-generated »

Le Next Big Thing des années 2010 pourrait être un infléchissement du seul système qui a réussi à créer de la valeur et de la prospérité de façon acceptable depuis un siècle:

– en sortant une part importante de l’économie de la sphère du monétisé

– en basant de plus en plus la richesse sur des biens publics communs

– en partageant (pour ne pas dire socialisant) le financement de nombreuses activités

– en légitimant le rejet du modèle précédent par une part grandissante de sa population

On pourra s’étonner de voire un article commencé sur la recherche de la prochaine tendance consumériste se saborder ainsi, mais ainsi vont les prédictions: elles se construisent sur des intuitions qui se cristallisent de façon autonome.

A cet égard, 2009 ayant été l’année de toutes les ruptures (financière -crise et endettement- , économique -recession-, politique – obama-, écologique -prise de conscience des gouvernements), elle fait un bon candidat pour inaugurer une rupture sociale

Ainsi vont aussi les blogs: ils permettent d’ouvrir des conversations sur des sujets encore incertains.

L’avenir de la musique en ligne

Ça fait plaisir de voir un peu de réflexion structurée sur l’avenir de la musique, une de mes marottes, et je vous invite à lire l’article.

Mais je suis pas d’accord avec tout:

1) accélération de la chute du marché physique: oui, il n’y a plus d’usage CD.

Et puis comme toutes les études montrent que les pirates sont aussi les plus gros consommateurs, la loi hadopi, très mal vécue, va générer des envies de vengeance en stoppant les achats physiques

2) itunes a mangé son pain blanc: oui et non

c’est vrai que la gestion de milliers de titres touche ses limites par la complexité qu’elle impose au consommateur mais il ne faut pas oublier que itunes s’est imposé contre les systèmes d’abonnement:

les gens n’étaient pas prêts à ne pas posséder la musique (la situation qui prévalait alors, avec les DRMs ) dc pour remplacer itunes, il faut soit trouver un système où les gens continuent à posséder quelque chose, (avec toute la difficulté liée à l’achat de biens digitaux) soit que les usages changent de la possession au service

Et les usages de propriété ne changent pas vite du tout. c’est même le contraire qu’on voit dans la plupart des domaines: les services se matérialisent: on prefère acheter que louer, quitte à revendre d’occasion.

D’où l’idée des nouveaux services, de faire du streaming mais financés par la pub.

A supposer que le streaming continue sa percée, il faudra quand même qu’il fasse ses preuves face aux radios gratuites et qu’il soit capable de génerer des flux intelligents, ce qui n’est pas si facile. De nombreux moteurs de reco sont vite lassants.

Face à ça il est douteux qu’itunes reste inactif. Déjà Apple a introduit les Mélanges Genius qui sont bien ça. Le fait qu’ils soient aujourd’hui peu pertinents n’est pas éternel, et on voit mal pourquoi itunes ne pourrait pas copier deezer ou spotify. Je soupçonne que la réécriture complète de itunes actuellement en cours apporte de nouvelles fonctions de streaming

La limite étant quand même que le business model de apple est basé sur la vente de matériel, c’est-à-dire de receptacles à des fichiers (la raison pour laquelle on n’a pas de radio fm sur les ipods), bien plus rentables que le business de la musique . On peut imaginer que ça retarde l’évolution vers le streaming.

Mais leur position concurrentielle est tellement forte que je les imagine mal se faire grignoter sans contre attaquer (qui d’ailleurs aurait leur puissance marketing ?)

3) la musique enfin mobile: oui mais

oui, techniquement on peut faire, mais économiquement ça reste beaucoup trop cher: ce qui est fait aujourd’hui n’est pas soutenable par les opérateurs réseau à grande échelle; et ça ne devrait pas changer vite: les fréquences sont des ressources rares.

Par contre le mobile devient bien la télécommande ultime, donc chez soi (wifi) pas de problème

4) fin du mp3: à court terme coexistence en tout cas

je crois à un retour de l’album, pour se rapprocher du concept originel de l’artiste. (Je ne parle pas du bas de marché qui achète le dernier tube à la radio, mais des gros consommateurs). Et c’est plus facile à gérer sous forme de fichier, mp3 ou autre. Voir d’ailleurs l’initiative intéressante des LP iTunes

La radio n’a pas tué la presse: c’est intrinsèquement humain de vouloir posséder ce qui fait plaisir. les cueilleurs ont vaincu les chasseurs

Si mon analyse d’un retour à l’album est juste, ce sera un frein au streaming, dont il faut bien comprendre qu’il est d’une victoire de la logique de consommation (le robinet à musique) sur celle de la création (voilà tout ce que j’ai à dire maintenant, en 12 titres). Et cette logique de consommation, je la vois faiblir, sous la double pression de la crise, qui remet en cause l’achat compulsif, et de l’éducation musicale forcée, à écouter toutes ces musiques acquises gratuitement et illégalement

On verra peut être une hybridation, à l’image de ce que fait itunes avec Genius (decidement !): j’ai un fichier et je déclenche un streaming de titres pertinents, demain peut etre avec des titres qui ne sont pas dans ma bibliothèque

5) disparition du P2P: oui

mais remplacé par les download pirates à la rapidshare

Le constat avait été fait dès 2006

7) plusieurs plateformes gagnantes: oui, mais quand

Tant qu’apple a le monopole des lecteurs mp3, itunes store reste un passage obligé.

Tant que la musique ne peut pas etre économiquement mobile (voir 3) il faut bien acheter des fichiers.

8) playlists: bien vu

9) mxp4: euh ?

j’y crois pas du tout. les marchés de masse ne sont pas des marchés de créatifs mais de consommateurs, depuis toujours.

Déjà que les musiciens ont de plus en plus la flemme de faire de la musique, merci les DJs, alors le grand public…

10) le marché de musique croit: c’est dejà le cas… .

.. si on inclut la musique vivante (les concerts)

Mais il ne faut pas oublier que le marché de la musique s’est construit sur une double escroquerie:

– celle des majors qui ont accaparé une grosse partie de la valeur en contrepartie de leurs efforts de marketing, au détriment de la création, pour pousser des tubes éphémères vite oubliés par l’histoire

– celle de l’album, où l’on vendait un CD entier à des clients qui voulaient le tube

Du temps de l’age d’or du CD, on achetait 20-25 euros un produit qu’on écoutait 1,2 fois. Je ne crois pas qu’on retournera à cet état de marché; dit autrement, il y a encore de la marge pour effondrer la vente des contenus

Les artistes vont devoir faire un effort de créativité énorme pour inventer de nouvelles formes d’échange avec leur public, c’est-à-dire en donnant plus de contenu (images, textes, clips), des bouts d’intimité, pour nourrir le mythe (et non pas du mpx4 pour le déconstruire…)

Dans un post récent , je renvoyais à paul graham qui rappelait qu’on ne vend pas du contenu, mais un support facile d’accès.

Dans le cas de la musique, on vendra de plus en plus une expérience (le concert) et des supports de contenu qui se rapprochent d’une expérience en rentrant dans l’intimité de l’artiste. L’artiste sera de plus en plus total (multimédia), et toujours une construction marketing (un concept, un spectacle). c’est pas gagné que tout le monde y arrive.

A l’inverse, et pour finir sur une note optimiste, tout le monde consomme maintenant de la musique en permanence, ce qui étend le marché potentiel, une fois qu’on aura trouvé le nouveau support miracle


Personne n’a jamais vendu de contenu

C’est la thèse intéressante de Paul Graham, un des meilleurs capital-risqueurs de la silicon valley

http://www.paulgraham.com/publishing.html

On n’a jamais vendu de contenu mais:

– soit de l’information, c’est-à-dire un moyen de gagner plus d’argent

– soit de la forme (un support): une façon pratique d’accéder à du contenu

A partir de là on peut être inquiet pour ceux qui veulent vendre du contenu sans support (la musique)

Next Big Thing ?

Les ruptures technologiques et économques qui ont changé la vie des gens:


1970’s

Téléphone

Télé couleur

Hi-Fi, K7, musique populaire consommée en masse

Hypermarchés

1980’s

Walkman, CDs

Radios FM

Magnétoscope

Voyages de masse


1990’s

Ordinateurs, portables

Internet (ebay, amazon, bourse), sites persos, mail

Mobile

Concurrence, distribution spécialisée (habillement, bricolage, parfumerie, sport…)

Bouquets TV

Bourse


2000’s

connecté: ADSL, wifi, IM, iPhone,

gratuit: musique, logiciels, films, news, info, stockage…piratés, donnés ou financé par la pub

communautés virtuelles (blogs, Facebook, Myspace, LinkedIn, twiiter…)

connaissance en accès direct: google, wikipedia, YouTube,

digitalisation: musique, photo, films en cours

Mythes: séries télévisées, films épopées, jeux vidéos massivement multi joueurs,


2010’s

Suite dans un prochain post …