Pourquoi la liberté d’expression est importante

Athenesdemocratie_1_-0e556.jpgMes derniers billets traduisent mon inquiétude sur la façon dont la liberté d’expression est attaquée de-ci, de-là, en France, mais aussi ailleurs.

Un dernier exemple en est donné par le pays président de l’Union Européenne, à savoir la Hongrie. Son gouvernement vient de mettre en place une loi qui peu ou prou l’autorise à contrôler ce qui est publié dans les médias nationaux. Avec sanctions à la clé pour ceux qui se rebelleraient.

La liberté d’expression, faut-il le rappeler, est une condition nécessaire de la démocratie.

La nature humaine étant ce qu’elle est, toute personne portée au pouvoir a la tentation de l’utiliser à son profit, et tout régime politique subit le risque de voir une oligarchie prendre le contrôle des différents leviers du pouvoir: exécutif, législatif, juridique, en sus de celui dont l’exécutif a la prérogative naturelle, le pouvoir militaire.   

Seule la liberté de dénoncer les abus peut effectivement enclencher des procédures diverses susceptibles de mettre une fin à ses abus. Voilà pourquoi il faut la protéger. Et celle-ci ne peut être qu’entière: on ne peut distinguer les expressions « importantes » de celles qui ne sont que du bruit. Celles qui dénoncent les abus et celles qui revendiquent des points de vue partisan. Le tout bien sûr dans la limite du respect de la vie privée et en évitant la diffamation.

Car il en va des attaques à la liberté d’expression comme de la rouille. Si vous laissez des points s’infiltrer dans le métal, ils s’étendent et pourrissent toute la structure. Pour cette raison, il est plus sage d’être très clair sur sa définition, et inflexible dans sa protection. Les gens de marketing savent bien que pour faire passer un message au grand public, il faut le simplifier au maximum, de façon à le rendre limpide (ce qui ne veut pas dire bête). C’est pareil pour la liberté d’expression, elle doit être entière et non négociable. C’est une condition nécessaire pour qu’elle soit prise au sérieux comme un véritable contre-pouvoir par ceux qui voudraient abuser de leurs prérogatives en espérant que ces abus restent cachés.

J’ai la faiblesse de penser que cette position est apolitique, ni de droite, ni de gauche, que tout gouvernement devrait y travailler, puisqu’après tout, elle est inscrite dans la devise de la France, derrière son premier terme.   

Certains penseront, sans forcément le dire tout haut, que la démocratie n’est pas forcément nécessaire.dictature.jpg

On peut bien sûr considérer que certains pays n’ont pas la culture, l’éducation les canaux de communication, les structures nécessaires pour faire fonctionner une démocratie. Après tout, c’est une machine compliquée, qui peut facilement aller dans le fossé. L’Histoire est pleine d’aventures populistes qui se sont terminées dans des bains de sang.

C’est donc une faiblesse de la revendication pour la démocratie: elle peut accepter une phase de transition, dont il est facile de manipuler les modalités pour la faire durer très longtemps.

On peut aussi récuser l’objectif d’une démocratie en tant que telle, en rejetant sa valeur morale ou en doutant de son efficacité à prendre les meilleurs décisions.

Sans vouloir entrer dans ce débat, somme toute tranchée à Athènes depuis 2500 ans, je voudrais insister cyniquement sur un point qui me semble un argument majeur pour oeuvrer vers des démocraties les plus entières possibles et dans le plus de pays possibles:

Le Monde est devenu complètement interconnecté, dans tous les domaines: marchand, financier, technologique, informationnel, mais aussi maintenant dans ses ressources énergétiques et dans son partage sur l’influence de l’évolution du climat.

De nombreux sujets critiques devront être traités dans le siècle en cours: partage de l’énergie suite à l’épuisement du pétrole, sécurité du nucléaire, réchauffement climatique, traitement d’épidémies diverses, crises financières, migrations, régulation de la croissance économique, extrémisme religieux, …De nombreux sujets qui pourraient déboucher sur des crises majeures, avec guerres à la clé, comme on en a tant vu dans les deux millénaires précédents.

Les grandes décisions ne peuvent plus se prendre dans un coin, elles doivent être prises en commun, c’est-à-dire acceptées par les représentants des citoyens et finalement, aussi par les citoyens eux-mêmes.

Or ces citoyens, le plus souvent, sont pour la démocratie, car ils veulent le pouvoir de renverser les gouvernements qui ne leur plaisent pas, voire s’accaparent une partie des richesses (historiquement, la démocratie est d’ailleurs née en Grèce en opposition à l’aristocratie terrienne et en permettant à chacun de réclamer publiquement justice: l’idée n’est pas neuve). Et aussi, parce que, derrière la démocratie se trouvent des valeurs de sécurité, de tolérance, bref, humanistes, avec lesquelles, pour la plupart, ils sont en accord, au moins en tout cas dans les pays les plus développés.

Pour que les citoyens du monde approuvent les grandes décisions nécessaires pour que ce monde évolue, il faut qu’ils soient en mesure d’accepter des compromis, lesquels sont souvent poussés par certains états bien identifiés. Et c’est là le point: si ces états ne sont pas démocratiques, il est douteux qu’ils arriveront à faire passer leurs réformes, auprès d’autres pays démocratiques, qui auront beau jeu de leur demander de cultiver d’abord leur jardin.

La transition vers des régimes démocratiques partout dans le monde est donc une condition forte pour gérer au mieux les crises devenues mondiales.

Et donc quelque part, comme un battement d’aile de papillon qui peut déclencher un cyclone à l’autre bout du monde, la revendication du respect de la liberté d’expression dans de banales affaires locales contribue à mettre en place le climat pour mieux gérer le monde.

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Un commentaire

  1. Je vous remercie pour votre bille et je voudrais apporter un nouveau point de vue. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas le même point de vue ni la même croyance, que nous pouvons créer des désaccords ! Ne trouvez-vous pas cela étrange, que nous utilisons la « liberté d’expression » afin de pouvoir dire ou écrire n’importe quoi sur le dos des gens ? Avons-nous oublié de demander la permission, l’accord de l’autre afin de pouvoir démontrer ses erreurs, le ridiculiser ou lui donner tort ?

    N’aimeriez-vous pas que l’autre vous demande votre permission avant de pouvoir émettre quelque chose ?

    Qu’en pensez-vous ?

    http://www.relationplus.org/2015-connaissance/liberte-expression.html


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