Attaque contre la démocratie ?

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Accessible pour l’instant ici: http://213.251.145.96

Ce qui se passe actuellement autour de Wikileaks est comme le dit Pierre Chappaz, la première InfoWar.

D’un côté, une organisation idéaliste qui se donne comme objectif de donner accès aux informations qui ne trouvent pas facilement de relais médiatique. Wikileaks.org, créée en 2006 dans l’indifférence générale par ce qui semble alors un doux rêveur inoffensif, Julien Assange, se spécialise dans la révélation d’informations brutes, le plus souvent obtenues de façon anonyme, voire illégale.

De l’autre, les différents gouvernements, et en tout cas les US, la Suède, et la France se liguent pour censurer le site.

Le ministre français de l’économie numérique appelle à la fermeture de l’hébergement en France au mépris de la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif, le gouvernement suédois lance un mandat d’arrêt international pour viol avec une rapidité inégalée dans une affaire de moeurs obscures qui ressemble plus à de l’aigreur de groupies délaissées , tandis qu’en Amérique on entend successivement des appels au meurtre sur un ton badin plein d’ambiguïté de la part d’un conseiller du Premier ministre canadien ou très sérieux dans le Washington Times, un rapport de l’US intelligence qui étudie comment détruire wikileaks, un sénateur américain qui intervient et obtient auprès d’amazon la fermeture de l’hébergement, tandis que le nom de domaine wikileaks.org bloqué par des attaques n’est plus accessible, le prestataire ayant jeté l’éponge. Dans le même temps, la Pravda prend sa défense !

Le plus étrange dans cette affaire c’est que l’opinion publique se moque de savoir si Nicolas Sarkozy a empêché le chien de son fils de manger son lapin, n’est pas vraiment surprise d’entendre qu’il a des « tendances autoritaires » ni que Ségolène Royal a des « préjugés gauchistes ».

Et globalement, n’est pas spécialement remuée que certains pays dont ils ne pourraient nommer les dirigeants soient soupçonnés de corruption.

Donc d’un côté, des pouvoirs publics paniqués et clairement entrés dans un état de couvre-feu informationnel, en déni des droits les plus élémentaires, un fauteur de troubles désigné comme ennemi public n°1, des journaux parmi les plus respectés qui reprennent l’information sans être inquiétés, une opinion largement indifférente au fond, et des conséquences diplomatiques pas encore bien appréhendées, entre les discours disant que rien ne sera plus comme avant, que des hommes et des femmes vont en mourir, et un sentiment général à la lecture de banalités et de clichés sans intérêt. (c’est peut-être d’un impact plus important dans les pays où de réels abus sont dénoncés, mais ça ne serait pas la première fois non plus qu’on y verrait des affaires sortir)

Par contre, ce qui ne sera pas sans conséquence dans l’opinion, ce sera la façon dont on respectera ou non les règles de droit commun pour juger si wikileaks est effectivement coupable de quelque chose (j’ai du mal à voir en quoi ils pourraient être plus attaquables qu’un journal révélant un scoop, mais j’écouterai les arguments avec attention).

Et également parmi les victimes collatérales, une certaine idée comme quoi nous étions sortis de la guerre froide, avions mûri nos systèmes de contre-pouvoirs pour permettre de défendre, au moins en occident, un état de droit.

Et accessoirement, une probable indication que le journalisme d’investigation n’est pas un business rentable, et que seul internet pourrait prendre le relais pour établir un réel 4ème pouvoir.

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