Transparence et fascisme…

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Revoilà un sujet abordé il y a près de deux ans, la question de la transparence.

La publication par Wikileaks des archives de la diplomatie américaine lui donne une actualité nouvelle, avec en particulier l’argument que la transparence complète mène au fascisme.

Le débat est bien mal engagé.

D’abord, on confond deux notions. Celle de transparence et celle d’exigence de vérité.

Quand une entité, une personne une société un état, communique, celui qui reçoit le discours est en droit de se demander si on lui ment. La transparence est alors un moyen de répondre à un but somme toute légitime. « Que se passe-t-il vraiment ? » « Les actes sont-ils en accord avec les paroles ? »‘

il y a donc une certaine hypocrisie à dépenser des énergies importantes, budget marketing, discours politiques, trésor de manipulation, et s’offusquer en parallèle qu’elles soient mises en défaut, le tout en s’abritant derrière un argument moral « c’est du fascisme ».

Jusqu’à preuve du contraire, le fascisme, c’est l’imposition de sa volonté au faible par le fort.

Donc peut-être aurait-on, moins d’exigence de transparence si on voyait moins de manipulations, ou si on avait un peu plus de confiance dans les discours reçus. A ce titre, dans l’histoire récente, les Etats-Unis partent avec le handicap de la justification de la Guerre en Irak, dont il a été prouvé qu’elle était un montage délibéré. Il n’est pas certain que les 600 000 morts en Irak (selon une étude de 2006) n’auraient pas voulu un peu plus de transparence, eux qui vivaient déjà sous une sorte de fascisme.

Alors certes, la transparence apporte des contraintes, mais elle est à mettre en regard des bénéfices. Dit autrement, il ne s’agit pas d’un débat moral, mais d’un débat pragmatique. « Quel est le meilleur système ? »

Et de ce point de vue, on ne peut pas soumettre aux mêmes contraintes des particuliers et des entreprises ou des états.

J’attends encore des arguments convaincants susceptibles de montrer pourquoi des décisions publiques, exercées par des personnes élues, ne pourraient pas, au moins par défaut, être justifiées par des débats publics. Il semblerait que de ce point de vue là, la France soit très en retard sur les pays anglo-saxons, sans qu’on puisse y voir un bénéfice quelconque.

Lawrence Lessig, fameux défenseur du droit d’auteur, dans un papier non moins fameux explique, lui, qu’il y est plutôt opposé, avec l’argument que nos démocraties ne sont pas capables d’analyser les faits bruts. Peut-être son argument est-il plus recevable aux Etats-Unis, pays déjà assez transparent avec des médias politisés très puissants, que de ce côté-ci de l’atlantique où l’on contourne allègrement la loi au plus haut niveau de l’Etat sous le prétexte que le peuple ne peut pas comprendre.

La difficulté c’est que les décisions publiques peuvent être portés par des personnes privées, plus ou moins vulnérables.

L’autre aspect, c’est qu’on ne peut pas considérer de la même façon la transparence choisie, qui relève du libre arbitre, et la transparence imposée. Mais bien sûr rien n’est simple car si tout le monde choisit la transparence, elle devient imposée au dernier à l’accepter.

En réalité, la face sombre de l’exigence de transparence, c’est la porte qu’elle ouvre à la malveillance.

On entend parfois un discours sur le mode « Je suis pour la transparence; je n’ai rien à me reprocher; je peux tout montrer » avec son pendant implicite « celui qui est contre a forcément des choses noires à cacher « . C’est particulièrement tendance vis-à-vis des pouvoirs publics, avec l’acceptation généralisée de prélèvements ADN, de la divulgation obligatoires d’informations privées pour voyager par avion, ou de l’écoute de ses communications électroniques (loi Loppsi 2 et Hadopi, pour l’instant dans des conditions realtivement encadrées)

D’abord, cette posture fait l’hypothèse de pouvoirs publics neutres et non corrompus, ce qui malheureusement n’est pas garanti ad vitam aeternam.

Ensuite, ce discours est un peu naïf, car il fait l’impasse sur le risque d’une exploitation malveillante de l’information. Un exemple classique est donné par le site pleaserobme.com qui exploite l’information de géolocalisation publique issue des statuts sur facebook ou twitter pour montrer qu’elle peut être utilisée par un cambrioleur pour venir chez vous. On peut en imaginer d’autres, du patron harceleur au syndicaliste revanchard, en passant par le conjoint en instance de divorce ou le voisin dérangé, sans aller jusqu’au pervers pédophile en embuscade pour Tf1.

Cette malveillance, c’est bien elle qui coûte cher. Quand on y pense, on dépense des sommes folles pour tenter de contrôler les crimes, délits et abus: police, justice, administration fiscale et sociale, caissières, péages, douanes, vigiles, armée, assurances et surprimes associées, serrures et blindages, services divers pour pallier l’individualisation croissante que celà entraine, à vue de nez on doit tourner autour de 10% du PIB. (voir ici une estimation de la seule délinquance), soit plus que les impôts sur le revenu.

Au bout du compte, c’est un choix de vie. En vivant de façon transparente, on vit un peu plus dangereusement, mais en même temps on signifie par ses actes une volonté d’une société moins tolérante face aux malveillances diverses. Un peu comme vivre avec sa porte sans la fermer à clef. C’est plus facile à la campagne qu’à Paris. C’est probablement la même chose pour la transparence. Tout le monde n’est pas égal devant les risques d’abus, ce qui explique les positions différentes, en particulier entre les plus jeunes qui ont des actifs limités et besoin de créer des conditions favorables à l’échange, et les plus anciens qui ont une réputation, un patrimoine, une famille à protéger.

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