Faut-il rançonner les riches ?

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L’insee sort un dossier spécial sur le sujet (ici)

On y apprend des choses intéressantes

a) la richesse est une chose très peu partagée, ou dit autrement, elle est très concentrée:

  • les « hauts revenus » (ménages ayant plus 35 677 € de revenu global(*) par unité de consommation (**)) ne représentent que 10% de la population
  • les « très haut revenus » (plus de 84 469 € par U.C): 1%
  • les « très aisés » (plus de 225 767 € par UC): 0,1%
  • les « plus aisés » (plus de 687 862 € par UC): 0,01% (1 pour 10 000)

A comparer à un revenu moyen global de 21 038 € et une médiane à  à 17 644 €, (le chiffre qui coupe la population en deux parties égales).

Dit autrement, en France, un couple avec deux enfants déclare en moyenne 44181 €/an, soit 3681€ nets par mois, ou à peu près 4850 € bruts

Les « très hauts revenus » gagnent à partir de 4 fois plus, les très aisés près de 11 fois plus, et les « plus aisés » 33 fois plus.

Donc, il y a bien des gens qui gagnent beaucoup d’argent, mais il n’y en a pas beaucoup

b) plus on est riche, plus les revenus proviennent de revenus patrimoniaux (immobilier et valeurs mobilières).

On s’en doutait un peu

Ils représentent 9, 20, 29 et 35 % pour les 4 classes des hauts revenus

Les revenus exceptionnels représentent sur les 3 classes les plus aisées de 10à 13%.

Et forcément, comme sur la période d’étude l’immobilier et la bourse a monté, les inégalités de revenu se sont accrues

c) les riches ne sont pas assez riches…

Enfin, pas assez nombreux pour que ça vaille le coup de les rançonner. C’est là que ça devient interessant

La richesse nationale perçue chaque année par les ménages se répartit comme suit:  

  • les « autres » (90% de la pop ) : 73,7%
  • les « hauts revenus » (9% de la pop ) : 21,1%
  • les « très haut revenus » (0,9% de la pop ) :   5,8%
  • les « très aisés » (0,09% de la pop ) : 1,7%
  • les « plus aisés » (0,01% de la pop ) : 0,6%

Sur cette base, on voit que les 3 classes à très hauts revenus (1% de la population) reçoivent 8,1 % de la richesse nationale perçue chaque année (***).

Si on les rançonnait, on ne pourrait augmenter la richesse du reste de la population que de 8/92 soit un peu moins de 10% (en passant, bien sûr, on peut imaginer que cette richesse s’evaporerait en partie, faute de motivation à travailler)

Ce n’est donc pas là la solution miracle pour augmenter le pouvoir d’achat moyen.

Conclusion

Ca ne règle pas définitivement la question de la progressivité de la fiscalité car

  • le taux est aussi une question d’équité: entre ceux qui veulent d’un bouclier fiscal plafonné à 50% et ceux qui considérent qu’il est immoral que les inégalités s’accroissent, il y a de quoi discuter; mais la question n’est pas vraiment celle du partage du gâteau. Tous les discours actuels sur la nécessaire contribution des plus riches a plus à voir avec l’acceptabilité politique des hausses d’impôt inévitables qu’avec l’efficacité économique
  • le raisonnement porte sur les flux (les revenus) et pas le stock (le patrimoine). Il y a peu de données sur la richesse patrimoniale, mais elle est de façon quasi certaine beaucoup plus concentrée que le sont les revenus. Pour deux raisons:
  • le taux d’épargne augmente avec le revenu (c’est assez logique car une fois les besoins primaires satisfaits, on peut épargner. cf Keynes), et donc les plus aisés peuvent mettre plus de côté non seulement dans l’absolu mais aussi en proportion de leur revenu. Et cela se cumule d’année en année. Le patrimoine des 1 % plus aisés est nettement supérieur à 4 fois la moyenne
  • les successions étant faiblement taxées si correctement organisées, les inégalités se transmettent et se renforcent de génération en génération

Pour autant, ces données semblent confirmer une reflexion de bon sens: la meilleure façon d’enrichir un pays, c’est de créer de la richesse, avant de se poser la question de la répartition. Et cette dernière a plus à voir avec les sensibilités politiques de chacun qu’avec l’efficacité économique.

Notes

(*) Revenu fiscal total , comprenant le revenu d’activité (salaire ou non), le revenu de remplacement (pensions, retraites), et les revenus patrimoniaux (immobilier et valeurs mobilières); avant impôt et avant redistribution (allocations familiales, RSA,..)

(**) une Unité de Consommation est une notion introduite pour comparer les ménages entre eux:

On compte 0,5 U.C par personne de plus de 14 ans (après le premier adulte qui compte pour 1) et 0,3 pour les moins de 14 ans.

1 adulte: 1 U.C

2 adultes, 2 enfants: 2,1 U.C

(***) l’étude a quelques limites car manquent les sommes perçues à l’étranger, celles hébergées dans des sociétés (en particulier SCI) , et certaines retenus à la sources, non déclarées au fisc, et bien sûr le travail au noir, mais ça ne change pas les conclusions

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