Next Big Thing, la suite

Bon j’ai un papier en retard.

Qu’est-ce qui va nous arriver dans les 10 ans ?

Ce genre de sujet est difficile.

D’abord il y a de la concurrence. Plein de gens qui disent n’importe quoi, et qui se recopient les uns les autres. Difficile de trouver la bonne inspiration.

Ensuite, à la différence de la plupart des processus d’apprentissage, il n’y pas de boucle de rétroaction. Pas d’instituteur sévère pour vous taper sur les doigts en vous disant « vous vous êtes trompé »; il est donc quasi impossible d’apprendre de ses erreurs, tout simplement parce qu’on ne se rappelle pas vraiment ce qu’on pensait il y a 5 ans et surtout, quelles étaient les hypothèses associées.

Il faut donc avoir au fil du temps à la fois la vision sur ce qui plait (facile, ça prend juste un peu de temps), et sur ce qui est rentable (beaucoup plus dur, car on ne claironne pas sur les toits sa situation financière instantanée, et encore moins ses échecs); et en construire des intuitions, qui, par définition ne sont pas des argumentaires rationnels, et donc toujours délicates à communiquer

Ces précautions un peu hypocrites étant posées, que dire ?

D’abord le cadre:

– connectivité permanente et abondante (de plus en plus forfaitisée, c’est-à-dire non payée à l’usage, même si le mobile résistera plus longtemps que l’accès fixe, pénurie de ressources hertziennes oblige)

– domaine de la gratuité de plus en plus étendu,

i. parce personne ne veut payer pour du contenu, tout au plus paie-t-on pour un support pratique, mais un nouveau support digital, c’est tellement intangible que c’en est une gageure

ii. parce que la dynamique des startups innovantes fait qu’elles doivent d’abord croître pour se valoriser (et le gratuit est la meilleur dépense marketing, celle où le coût d’acquisition client est le plus faible), et qu’une fois établi, on trouve toujours un business model de financement gratuit, que ce soit par la pub ou par le rachat pour conforter des services tiers (augmentation de la stickyness / diminution du churn). Une variante de cet argumentaire étant de remarquer que les internautes les plus efficaces pour créer du buzz, et donc les moteurs de toute campagne de marketing virale sérieuse, sont les post-ados, qui n’ont pas d’argent.   

iii. parce que le gratuit est déjà très présent, ou au moins la gratuité marginale (on ne paie pas plus pour consommer plus) comme on peut en trouver des exemples ici

– arrivée dans la vie professionnelle des « digital natives », ceux qui n’ont jamais rien connu d’autre que le numérique et la connectivité permanente

– effondrement du prix du hardware, en particulier des écrans

– basculement de l’économie mondiale à l’Est, avec un milliard d’individus solvables ayant de nouveaux besoins à satisfaire

… et les prédictions :

– floraison de devices dédiés divers: GPS, e-books (orientés presse et magazines), lecteurs Vidéo On Demand, cadres photo (e-paper couleur), aides cuisine (reliés à l’achat par internet), ordinateurs de bord sur vélo, coaching sportif (gps), traqueur d’animaux familiers, suivi médical…

– parallèlement le smartphone résiste en complémentant les innombrables mobiles applications par des périphériques dédiés modulaires et devient l’interface de commande de référence dans la maison

– dissociation physique du smartphone entre la composante voix (intégrée dans des bijoux déco) et la composante donnée sur écran. Les durées de communication explosent. Pénétration très progressive cependant.

– réalité augmentée banalisée (smartphones, voitures) donnant accès de façon visuelle en surimpression à des informations sur son environnement physique immédiat.

– moteur de recherche graphique, qui, à travers le mobile , donne accès à de l’information sur ce que je vois: produits, lieux, gens (reconnaissance des visages). Plutôt payant car couteux en ressources de calcul.

– disparition de la souris. Accès des personnes âgées à l’internet.

– accès possible à toutes ses données personnelles depuis n’importe quel point (PC) de connexion. Backup permanent

– disparition des CDs DVDs CD-ROMs, … Tout est dans le Cloud et téléchargeable.

– fin de l’hégémonie des cartes bancaires; le mobile devient un outll de paiement accepté presque partout

– début de la disparition de la TV comme média de broadcast inscrit dans une grille de programme, pour devenir un terminal connecté de plus, orienté loisir, nourri par un flux de contenu déstructuré et personnalisé.

– création de licence globales dans certains pays et sur certains secteurs faute d’un business model rentable (musique, presse, une partie des contenus vidéos)

– communautarisme de réseaux: les gens se regroupent par affinité, pour le meilleur (réseaux d’affaires, sociaux, …) ou pour le pire (pirates, pédophiles,…) , à travers des outils de communication privées bien sécurisés, inaccessibles aux Etats, où ils s’échangent informations et données en impunité forte.

– parallèlement le concept de vie privé devient de moins en moins pertinent , d’abord parce que les jeunes ne s’y retrouvent pas, ensuite parce que chaque action privée devient une brique de son personal branding qui est nécessaire à toute existence sociale. De toutes façons, vidéosurveillance, tracking mobile et badgeage sont devenus omniprésents

– l’internet des objets fait son apparition, puisque ceux ayant le plus de valeur sont maintenant identifiables à distance à travers des étiquettes RFID donnant droit à des services additionnels au consommateur.

– le travail est modifié: le télétravail est banalisé pour faire face à l’augmentation des loyers de bureau et éviter l’inconfort des open space; la collaboration en ligne, wiki et autres blogs, devient indispensable en entreprise pour retenir les nouveaux embauchés et garantir la réactivité dans une économie mondialisée toujours plus concurrentielle. On peut d’ailleurs trouver ironique cette socialisation de l’espace de travail sous la pression des actionnaires.

– les concepts qui ont créé la société de consommation, produits et marques, doivent s’adapter dans un contexte de demande paradoxale qui exige des premiers non seulement de de ne plus être jetables mais d’être évolutifs tout en restant fiables, et des deuxièmes d’être transparentes et crédibles tout en rejetant leur communication traditionnelle. Les pistes de solution ne sont pas claires et la transparence sous forme de produits virtuels (miroirs des produits physiques) et de communautés d’utilisateurs auto-gérées, outre qu’elle laissera de nombreuses entreprises sur le carreau car incapables de suivre, pourrait entrer en conflit avec des circuits de distributions et des tactiques de pricing de plus en plus opaques.

A celà s’ajoute que la société de consommation étant intrinsèquement basée sur la création de nouveaux besoins dénoncés comme futiles par une partie croissante de la population occidentale (qui s’inquiète à juste titre des conséquences de la poursuite de la croissance sur l’équilibre écologique à l’horizon d’un siècle), le risque d’une déflation en Occident existe, tandis que l’Orient sera lui aussi naturellement concentré sur la fourniture des produits et services les plus basiques pour sa nouvelle classe moyenne.

– une vision optimiste serait une évolution vers une société de création, où sous l’impulsion de « role models » mettant en valeur l’expression de soi, le temps libéré par la baisse de consommation serait consacré à des activités plus créatrices et finalement plus satisfaisantes, lesquelles, dans une économie numérique ne sont pas très couteuses. Plutôt que de s’endetter pour s’acheter une voiture neuve, on fera des photos pour décorer sa maison.

Et pour finir ?

On pourrait dire que les années 70s et 80s ont été celles de la consommation, favorisant la vente de produits, les années 90s et 2000s celles de la communication, favorisant la consommation de services plus ou moins payants, et on peut se demander si les années 2010s ne seront pas « sociales »

« Sociales » au sens où l’économie social-démocrate qui gouverne l’Occident pourrait glisser de plus en plus dans le social:

– déstabilisée par une crise financière sans précedent depuis 29, qui a dynamitée la croyance dans un modèle de capitalisme individuel pouvant s’auto-réguler, et dont la survie n’a été possible qu’à travers une intervention massive de l’état   

– attaquée par l’économie numérique dans le fondement même d’un de ses pilliers, l’ordre marchand, à savoir le lien entre la propriété et l’usage. Une propriété de plus rejetée implicitement au moins en partie par la majorité de la population jeune montante, qui vit dans un monde de gratuité pour ses loisirs. Une population qui par ailleurs à de grandes difficultés à accéder par le travail à un niveau de vie égal à celui de la génération précedente.

– mise en accusation dans sa nature même à cause de ses responsabilités passées et futures dans le réchauffement de la planète, risque écoloqique global maintenant reconnu par l’opinion publique

– enfin construite de plus en plus sur une inter-relation forte entre ses membres, une autre façon de dire que la valeur boursière est de plus en plus « user-generated »

Le Next Big Thing des années 2010 pourrait être un infléchissement du seul système qui a réussi à créer de la valeur et de la prospérité de façon acceptable depuis un siècle:

– en sortant une part importante de l’économie de la sphère du monétisé

– en basant de plus en plus la richesse sur des biens publics communs

– en partageant (pour ne pas dire socialisant) le financement de nombreuses activités

– en légitimant le rejet du modèle précédent par une part grandissante de sa population

On pourra s’étonner de voire un article commencé sur la recherche de la prochaine tendance consumériste se saborder ainsi, mais ainsi vont les prédictions: elles se construisent sur des intuitions qui se cristallisent de façon autonome.

A cet égard, 2009 ayant été l’année de toutes les ruptures (financière -crise et endettement- , économique -recession-, politique – obama-, écologique -prise de conscience des gouvernements), elle fait un bon candidat pour inaugurer une rupture sociale

Ainsi vont aussi les blogs: ils permettent d’ouvrir des conversations sur des sujets encore incertains.

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5 commentaires

  1. Merci pour cette réflexion !

    Un petit doute sur « la population jeune montante, qui vit dans un monde de gratuité pour ses loisirs » : elle paye ses concerts des prix phénoménaux par rapport à ceux que nous avons connu, me semble-t-il. La Fête de l’Huma était en principe gratuite, il y a 20 ans.

    Donc je crois bien que la sphère de la gratuité s’amplifie, mais celle du payant, et même du payant-à-des-prix-spéculatifs, grandit peut-être aussi.

    • Salut Fred

      Dans les grandes salles, les méga-stars atteignent effectivement des prix indécents, en plus dans des conditions assez désagréables tellement c’est grand.

      Mais sinon, il y a plus de scènes qu’il y a 25 ans, plus de concerts, on peut voir des concerts intéressants pour 15 €, c’est-à-dire moitié moins qu’à l’époque je dirais, compte tenu de l’inflation

      Pour être honnête dans mon discours, la gratuité suppose quand même d’avoir payé ses factures internet et mobile, ce qui grève un budget d’ado et n’est pas accessible à tous les jeunes adultes.

      Sur ton dernier paragraphe, oui, le haut-de-gamme / luxe coûte de plus en plus cher, à l’unisson des revenus des plus riches qui ont fortement augmenté (http://www.jourdan.ens.fr/~clandais/Articles/topincomes.pdf),

      • Vu … et … oui ! ça mérite une discussion mais là j’suis à la bourre … juste un créneau Next Big Thing, être la résidence sénioriale de la planète :

        « L’éditrice du magazine, Jackie Flynn, a loué dans un communiqué le fait que “la vie est savourée” en France et qu’il y ait “tant de fierté dans les petits détails”, citant “les petites jardinières fleuries aux fenêtres, les jardins bien entretenus, les charmantes terrasses de café, et les rues propres”, ainsi que des villes “bien gérées et avec une faible criminalité”. »

        http://veilleur.blog.lemonde.fr/2010/01/06/cest-en-france-que-lon-vivrait-le-mieux

  2. Oups, j’oubliais de faire un « rétrolien manuel » sur mon billet en écho : « Pour un avenir différent, comptez moins d’1,40€ » – autre genre d’éloge de la gratuité ! (en lien signature de ce commentaire).

  3. Et hop, premier signe avant-coureur de désintégration des smartphones
    http://www.igeneration.fr/accessoires/une-telecommande-pour-smartphone-maj-17351


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