L’avenir de la musique en ligne

Ça fait plaisir de voir un peu de réflexion structurée sur l’avenir de la musique, une de mes marottes, et je vous invite à lire l’article.

Mais je suis pas d’accord avec tout:

1) accélération de la chute du marché physique: oui, il n’y a plus d’usage CD.

Et puis comme toutes les études montrent que les pirates sont aussi les plus gros consommateurs, la loi hadopi, très mal vécue, va générer des envies de vengeance en stoppant les achats physiques

2) itunes a mangé son pain blanc: oui et non

c’est vrai que la gestion de milliers de titres touche ses limites par la complexité qu’elle impose au consommateur mais il ne faut pas oublier que itunes s’est imposé contre les systèmes d’abonnement:

les gens n’étaient pas prêts à ne pas posséder la musique (la situation qui prévalait alors, avec les DRMs ) dc pour remplacer itunes, il faut soit trouver un système où les gens continuent à posséder quelque chose, (avec toute la difficulté liée à l’achat de biens digitaux) soit que les usages changent de la possession au service

Et les usages de propriété ne changent pas vite du tout. c’est même le contraire qu’on voit dans la plupart des domaines: les services se matérialisent: on prefère acheter que louer, quitte à revendre d’occasion.

D’où l’idée des nouveaux services, de faire du streaming mais financés par la pub.

A supposer que le streaming continue sa percée, il faudra quand même qu’il fasse ses preuves face aux radios gratuites et qu’il soit capable de génerer des flux intelligents, ce qui n’est pas si facile. De nombreux moteurs de reco sont vite lassants.

Face à ça il est douteux qu’itunes reste inactif. Déjà Apple a introduit les Mélanges Genius qui sont bien ça. Le fait qu’ils soient aujourd’hui peu pertinents n’est pas éternel, et on voit mal pourquoi itunes ne pourrait pas copier deezer ou spotify. Je soupçonne que la réécriture complète de itunes actuellement en cours apporte de nouvelles fonctions de streaming

La limite étant quand même que le business model de apple est basé sur la vente de matériel, c’est-à-dire de receptacles à des fichiers (la raison pour laquelle on n’a pas de radio fm sur les ipods), bien plus rentables que le business de la musique . On peut imaginer que ça retarde l’évolution vers le streaming.

Mais leur position concurrentielle est tellement forte que je les imagine mal se faire grignoter sans contre attaquer (qui d’ailleurs aurait leur puissance marketing ?)

3) la musique enfin mobile: oui mais

oui, techniquement on peut faire, mais économiquement ça reste beaucoup trop cher: ce qui est fait aujourd’hui n’est pas soutenable par les opérateurs réseau à grande échelle; et ça ne devrait pas changer vite: les fréquences sont des ressources rares.

Par contre le mobile devient bien la télécommande ultime, donc chez soi (wifi) pas de problème

4) fin du mp3: à court terme coexistence en tout cas

je crois à un retour de l’album, pour se rapprocher du concept originel de l’artiste. (Je ne parle pas du bas de marché qui achète le dernier tube à la radio, mais des gros consommateurs). Et c’est plus facile à gérer sous forme de fichier, mp3 ou autre. Voir d’ailleurs l’initiative intéressante des LP iTunes

La radio n’a pas tué la presse: c’est intrinsèquement humain de vouloir posséder ce qui fait plaisir. les cueilleurs ont vaincu les chasseurs

Si mon analyse d’un retour à l’album est juste, ce sera un frein au streaming, dont il faut bien comprendre qu’il est d’une victoire de la logique de consommation (le robinet à musique) sur celle de la création (voilà tout ce que j’ai à dire maintenant, en 12 titres). Et cette logique de consommation, je la vois faiblir, sous la double pression de la crise, qui remet en cause l’achat compulsif, et de l’éducation musicale forcée, à écouter toutes ces musiques acquises gratuitement et illégalement

On verra peut être une hybridation, à l’image de ce que fait itunes avec Genius (decidement !): j’ai un fichier et je déclenche un streaming de titres pertinents, demain peut etre avec des titres qui ne sont pas dans ma bibliothèque

5) disparition du P2P: oui

mais remplacé par les download pirates à la rapidshare

Le constat avait été fait dès 2006

7) plusieurs plateformes gagnantes: oui, mais quand

Tant qu’apple a le monopole des lecteurs mp3, itunes store reste un passage obligé.

Tant que la musique ne peut pas etre économiquement mobile (voir 3) il faut bien acheter des fichiers.

8) playlists: bien vu

9) mxp4: euh ?

j’y crois pas du tout. les marchés de masse ne sont pas des marchés de créatifs mais de consommateurs, depuis toujours.

Déjà que les musiciens ont de plus en plus la flemme de faire de la musique, merci les DJs, alors le grand public…

10) le marché de musique croit: c’est dejà le cas… .

.. si on inclut la musique vivante (les concerts)

Mais il ne faut pas oublier que le marché de la musique s’est construit sur une double escroquerie:

– celle des majors qui ont accaparé une grosse partie de la valeur en contrepartie de leurs efforts de marketing, au détriment de la création, pour pousser des tubes éphémères vite oubliés par l’histoire

– celle de l’album, où l’on vendait un CD entier à des clients qui voulaient le tube

Du temps de l’age d’or du CD, on achetait 20-25 euros un produit qu’on écoutait 1,2 fois. Je ne crois pas qu’on retournera à cet état de marché; dit autrement, il y a encore de la marge pour effondrer la vente des contenus

Les artistes vont devoir faire un effort de créativité énorme pour inventer de nouvelles formes d’échange avec leur public, c’est-à-dire en donnant plus de contenu (images, textes, clips), des bouts d’intimité, pour nourrir le mythe (et non pas du mpx4 pour le déconstruire…)

Dans un post récent , je renvoyais à paul graham qui rappelait qu’on ne vend pas du contenu, mais un support facile d’accès.

Dans le cas de la musique, on vendra de plus en plus une expérience (le concert) et des supports de contenu qui se rapprochent d’une expérience en rentrant dans l’intimité de l’artiste. L’artiste sera de plus en plus total (multimédia), et toujours une construction marketing (un concept, un spectacle). c’est pas gagné que tout le monde y arrive.

A l’inverse, et pour finir sur une note optimiste, tout le monde consomme maintenant de la musique en permanence, ce qui étend le marché potentiel, une fois qu’on aura trouvé le nouveau support miracle


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Un commentaire

  1. tout d’abord,quelques liens :
    http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAll&friendId=369828565

    http://itunes.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=329011219&s=143442

    Ta mise en garde est significative car tu fais bien la part entre le consommateur qui ne saurait plus ou pas et aimerait du concret,du physique du CD et le consommateur musicien-dj-moitié informaticien qui sait ,mais s’en fout car ne consomme pas mais s’approprie ! Je doute que comme ceci ,une quelconque alternative soit possible d’autant que,si l’on résume ce qui est promotionné en terme de genres ,cela se réduit à une peau de chagrin alors mème que l’offre est exponentielle !
    Tu n’y es pas plus que les autres et ton post ,mème s’il a le mérite de poser des questions d’évolutions possibles ne tient pas compte de ce qu’est l’intérèt des majors et labels , CD ou mp3,ils en ont rien à cirer ,qualité ou pas ,s’en branlent ,etc ……


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