Un signe des temps, au sens obscur

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Boing-boing, qui porte bien son nom, un blog sautillant et léger, est un indicateur avancé des tendances de la culture un peu underground.

Ce qui m’a récemment frappé, c’est que la part des vidéos sur son site à explosé.

Boing-Boing a suivi la technologie: il est passé depuis sa création d’un annuaire de liens à un blog texte, puis texte plus images et maintenant vidéo.

On pourrait dire que c’est une réaction un peu desespérée à l’érosion de son audience

Même s’il y a une part de vérité, c’est probablement aussi un signe des temps. Alors que les jeunes se détournent de la TV classique, les usages vidéo sur le web se généralisent, au point que les opérateurs télécoms s’inquiètent pour leurs coûts de bandes passante, où la vidéo représente maintenant l’écrasante majorité

D’ailleurs BoinBoing s’est depuis un an fendu d’une chaine TV

Paradoxalement, l’ère du web s’est d’abord traduit par un retour de l’écrit. Les gens se sont remis à lire comme jamais, avides d’accéder à une information rare, souvent exclusive et experte. Puis avec Youtube, et leur coup de génie de permettre à n’importe qui d’utiliser leur plateforme comme une facilité de stockage gratuite, le divertissement a repris ses droits, ligne de plus grande pente si humaine…

Mais que se passe-t-il donc ? Et comment les gens consomment-ils ce nouveau contenu hybride, formé de titres et de liens vers des contenus vidéos ?

Car enfin, après six mille ans d’expérience, l’homme s’était habitué à traiter le contenu texte. Les rédacteurs à hiérarchiser leur information Titre/Chapeau/Sous-titre/Texte (Bon d’accord; les journalistes du Monde en sont toujours à la préhistoire, peut-être un refus idéologique de privilégier l’efficacité sur le style… encore que le style du Monde 😦 … mais c’est l’exception qui confirme la règle), donc à part au MOnde, des rédacteurs qui savent écrire pour être efficace, et du coté des lecteurs, des cerveaux formés par un enseignement millénariste, 20 ans de pratique personnelle, des centaines de milliers de pages lues, qui savent lire vite.

Tout ça est en train de rebasculer, avec des médias web, affichant un tropisme de plus en plus mass market, qui produisent du contenu …illisible

Comment peut-on lire en diagonale un contenu vidéo ? C’est tout bonnement impossible. Même si des sites commencent à proposer des commentaires taggant la timeline pour accéder à la partie intéressante du contenu (Hulu ?), ça reste très subjectif, et surtout un peu fastidieux, on est loin d’une pure expérience mentale, il faut cliquer et recliquer. C’est fatigant, personne ne le fait. Alors on survole

Et du coup en passant d’un contenu texte + image à un contenu texte + vidéo, on perd énormément en accessibilité, en fluidité, en intelligibilité, et à ne pouvoir l’éviter, on ne peut que s’en irriter.

Tout cela me semble bien instable.
Instabilité entre une démarche active, où l’on choisit ce que l’on lit, et une démarche passive, où l’on se laisse bercer par les extraits vidéos, mais nécessairement mal contextualisés, et sans fil conducteur. Instabilité entre une démarche d’apprentissage ou le texte apporte de l’information et une démarche de divertissement où la vidéo séduit. Instabilité entre un appel à la rationnalité et un appel à l’émotion.
Bref, un contenu frustrant.
Et pourtant, la culture de l’image est irréversible, car elle apporte aussi beaucoup d’informations beaucoup plus vite.
Peut-être que l’avenir est montré, une fois de plus, par google: il faut utiliser la bande dessinée. C’est en effet ce qu’ils ont fait pour lancer Chrome leur navigateur.

En réalité, bien que gros amateur de bandes dessinée, je n’y crois pas. Le talent nécessaire pour formaliser des idées abstraites sous la forme de bandes dessinées est très rare, et le fait que Google se soit payé à cette occasion les services de l’unique Scott Mc Cloud, l’auteur d’une déconstruction inédite de l’art et la théorie de la bande dessinée, mondialement reconnue, me conforte dans cette analyse, qu’il ne s’agit pas vraiment d’un phénomène réplicable. De plus le langage de la bande dessinée est compris par trop peu de gens (les français faisant un peu exception)

Uc-New

En réalité, l’écriture est un peu le seul moyen créatif qui soit accessible à peu de frais au plus grand nombre. La photo et la vidéo sont plutôt au rayon des citations, sauf à y consacrer des resources importantes (et en supposant qu’on ait aussi le talent asssocié): on ne fait que des instantanés, du polaroïd.

Donc, au total ruptures et confusion. La vidéo s’installe mais ne permet pas une expérience utilisateur fluide, et ne remplit pas la promesse d’un contenu clair facilement accessible.

Peut-être que l’avenir est à un nouveau langage où l’on utilisera un autre vocabulaire plus riche, fait de textes ET d’images de base à recomposer soi-même, à l’image de ce que propose un Jumsoft

Ou va-t-on rejouer Vidéo Gag ad nauseam ?

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