hado tant pis

Drôle de pays.

Il n’est pas courant qu’un gouvernement soit censuré pour atteinte à la liberté d’expression et à la présomption d’innocence, de plus dans la même loi, de plus sur une loi rejetée par le parlement national et par le parlement européen. Qu’en plus cette même loi ait été jugée inapplicable de l’avis de tous. Qu’en plus cette loi réprime le comportement de millions de citoyens

Et néanmoins, on a vu de bonnes âmes se battre pour la défendre, au nom des valeurs morales.

Comment peut on en arriver là ?

Soit l’hypocrisie est devenue la norme, soit la bêtise étend son empire, ou est-ce l’indifférence ?

Des élections rassurantes pour la France

Quoique puissent en dire le PS et le Modem, grands perdants de ces élections, ces élections sont rassurantes.

Alors que le monde vit sa plus grande crise économique depuis 80 ans, que le chômage augmente tristement et inexorablement, que les rues sont pleines de manifestants qui défendent un pouvoir d’achat en berne, alors que le pire est encore devant nous, que l’extrême droite aux Pays-Bas réalise le deuxième meilleur score, on ne semble pas prêts, au moins en France, à rejouer le déclin de la République de Weimar.

Les listes extrêmistes font des scores en retrait: Le FN perd plus de la moitié de ses députés, la liste “antisioniste” de Dieudonné n’a pas surfé sur la récente unanimité contre Israël à la suite de la guerre de Gaza. Les partis “médiatiques” de contestation à gauche, NPA, et à droite (de Villiers) restent incapables d’obtenir des députés.

Jusqu’à l’analyse de l’echec du Modem et du PS, à qui on reproche de s’être battus sur un discours hors-sujet, l’antisarkozysme, qui conforte une rationalité éclairée des électeurs, qui souhaiteraient qu’on s’occupe des problèmes importants, l’économie et l’écologie, où objectivement l’europe était le bon niveau d’intervention, et les tergiversations inadmissibles.

Le gouvernement français en sort renforcé, comme tous les partis de droite en Europe, en application d’un bon principe qui veut que dans les temps troublés, on est plutôt conservateur. La thématique sécuritaire de ses derniers jours y a peut-être aidé, et en tout cas les résultats confirment l’habileté politique de Nicolas Sarkozy.

Et du côté des grands gagnants, Europe Ecologie, tout un programme, un discours contre la corruption (Eva Joly), pour l’écologie, avec un zeste de populisme moralisateur (José Bové), et un leader Cohn-Bendit qui a délaissé ses appels révolutionnaires pour participer à la vie de la cité avec succès depuis 40 ans, dans le cadre de l’économie de marché.

Non décidément, une élection bien raisonnable.

En espérant que l’abstention, historique à 60%, ne cache pas des rancoeurs désabusées annonciatrices de lendemains qui déchantent.

Des Français raisonnables, on risque d’en avoir besoin, quand on voit le futur que nous prédit jacques attali

Licence globale

La loi Hadopi fédère contre elle l’ensemble des anti-sarkozystes, les défenseurs des libertés individuelles, les puristes du droit, les anarchistes, les jeunes sans le sou… ça fait beaucoup

On devrait aussi y rajouter des économistes.

Car bien sûr il faut trouver un nouveau modèle économique pour les biens numériques, d’une part parce que l’ancien se fissure de toute part (division par deux du CA de l’édition musicale française en 6 ans, malgré la multiplication de usages), d’autre part parce que la culture se nourrit de la diffusion des oeuvres, et que donc tout système qui incite à la diffusion large tout en rémunérant les artistes est plus efficace qu’un système où l’on paye des intermédiaires techniques pour empêcher cette diffusion

Le terme de licence est certainement mal trouvé, puisqu’on met l’accent sur le droit d’utilisation plus que sur la rémunération, sans parler du double sens de licence, qui laisse à penser que le système n’est pas très moral !

Par analogie avec ce qui existe dans notre beau pays, on pourrait parler de taxe sur la culture ajoutée, contribution culturelle généralisée, assurance culturelle, culture sociale, cotisation culture, redevance culturelle…

En réalité, il y a énormément de biens que l’on consomme sans en payer directement le prix: soins de santé, prestations d’assurances diverses, infrastructure routière, admistration, enlèvement des déchets, justice, police, éducation primaire et secondaire, télévisions et radios publiques; D’autres dont la consommation est obligatoire ou quasi: assurances voiture, risque habitation, assurance des enfants, part fixe des abonnements eau, gaz, electricité, téléphone; et d’autres où le marché impose le forfait à taux fixe: internet, ski, clubs divers à cotisations annuelle, ….

Sans parler des taxes diverses qui subventionnent l’industrie culturelle (taxes sur les supports vierges, contribution des chaines payantes à la production cinématographique française, et j’en oublie certainement)

On ne voit donc pas très bien où serait le problème moral à trouver un système obligatoire, à l’assiette bien définie, qui contribuerait à financer l’industrie musicale, et peut -être aussi cinématographique

Si l’on ne parle que de la musique, taxer chaque abonné d’internet de 3€ par mois devrait à peu près couvrir l’ensemble des reversement des droits du marché des CDs: pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

La réalité, c’est que c’est les intervenants de la chaine industrielle (pressage CD, logistique, distribution) ainsi que les profits des éditeurs sur les gros tubes qui seraient entamés. Avec un gros risque de dilution des revenus vers des artistes moins connus (un appauvrissement de la valeur du portefeuille en quelque sorte)

Est-ce vraiment sauver les artistes que de les défendre ?

Vote de la loi Hadopi en cours

La loi Hadopi résulte d’une double erreur d’analyse et d’un mauvais calcul politique.

- croire que la baisse des revenus de l’industrie est principalement liée au piratage, alors qu’elle est avant tout un retour à un ordre économique rationnel: les consommateurs ne veulent plus payer 20 € pour un album CD, quand seuls quelques morceaux dont la valeur perçue est de quelques euros les intéressent, qu’ils écouteront une à deux fois en moyenne. (1,2 selon les études) - croire que des tendances lourdes de modification des usages (l’écoute de morceaux en streaming sur ordinateur, radio ou lecteur mp3) puissent s’inverser par le simple pouvoir d’une loi techniquement inapplicable - un mauvais calcul politique qui a laissé croire qu’en dénonçant le piratage (par opposition à la mériteuse accession à la propriété) et toute socialisation de la dépense culturelle (par opposition à la rétribution de la meilleure performance commerciale), on se rachèterait une cohérence idéologique de nature à satisfaire un électorat conservateur que l’on souhaitait rassurer.
Que le calcul soit mauvais n’est peut-être pas encore apparu à tout le monde, mais cela finira par exploser quand Hadopi sera retoquée ou se révèlera inapplicable
Le vrai problème, pour poser des propositions, c’est bien de partir du diagnostic: on ne pourra revenir au même niveau de revenu au niveau de l’industrie qu’en en donnant plus au consommateur, et donc en faisant exploser un modèle à l’acte tout en créant de nouveaux services.
D’un côté faire en sorte que plus de gens consomment davantage, de l’autre orienter les plus disposés à payer vers des services à valeur ajoutée. Le temps où l’on payait 10 € pour une heure de musique est révolu définitivement
Concrètement, cela se traduit par la licence globale pour tout le monde, en s’appuyant sur cette chance énorme que représente l’appétit d’exploration des internautes, et des concerts payants pour les plus avides de musique.
A ce sujet, il y a probablement beaucoup à faire pour rendre l’expérience d’un concert de rock plus agréable que ce qu’elle est aujourd’hui: payer 20 à 50 € pour rester debout pendant deux heures derrière un grand échalas qui vous cache la scène, après avoir attendu une heure en défendant sa place…

La loi Caropi

Une nouvelle loi est en cours d’écriture, la loi Caropi.

- Si vous dépassez la vitesse limite sur l’autoroute, les gens que vous aurez doublés préviendront l’employé au péage qui vous distribuera un reçu de péage avec un mauvais point. Il y a marqué dessus que vous devriez acheter un GPS limiteur de vitesse enregistrant tous vos déplacements, et aussi descendre de voiture et faire 3 fois le tour en disant “je suis un méchant garçon”. Vous pourrez contacter l’Amicale des Gens Doublés pour savoir où vous avez fait un excès de vitesse.

- Si vous la dépassez une deuxième fois dans les 6 mois, le chef de famille habitant à l’adresse correspondant à la carte grise du véhicule recevra une lettre recommandée avec un deuxième mauvais point et lui disant de faire 3 fois le tour de la maison en criant “je suis vraiment un mauvais garçon”. Vous ne pourrez pas contester

- Si des gens doublés se replaignent dans l’année qui suit d’avoir vu votre voiture dépasser la vitesse limite, l’AGD viendra vous piquer la voiture pendant deux mois à un an. Sauf si vous faites 6 fois le tour de la maison, en hurlant “je suis un très mauvais garçon et je recommencerais pas” auquel cas, ça ne durera que de un à trois mois. Mais vous pourrez conserver l’autoradio et le téléphone main libre. Et vous ne serez pas obligé de payer le péage que vous ne prendrez plus. Vous n’aurez pas le droit de racheter ou louer une voiture pendant la période (mais votre femme si, que vous pourrez utiliser). vous pourrez vous plaindre auprès d’un vrai juge, mais on sait pas encore comment. Et bon courage pour prouver que vous n’avez jamais dépassé la vitesse limite

Capitalisme et fonds propres bancaires

En réponse à l’article de Peyrelevade sur le besoin d’augmenter le ratio des fonds propres des banques:

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Money

Il me semble que vous évacuez un peu vite la remarque de Daniel Duparc. (qui dans les commentaires se pose la question si c’est bien les fonds propres le problème)

D’un côté, peut-être faut-il augmenter le ratio des fonds propres des banques car les crises induites seraient trop dommageables. (l’argument de “l’exception bancaire” me semble cependant faible, car j’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de faillites d’entreprises, pourtant mieux capitalisées, que de faillites bancaires; et que donc il y aurait bien une exception bancaire en ce sens qu’elles seraient plus sures, ce qui justifie un ratio de fonds propres plus faibles à risque égal)
En d’autres mots, c’est les conséquences qui doivent définir le risque, pas la probabilité de défaut

De l’autre côté, étant plongé moi aussi dans la lecture de the Black Swann, il ne me semble pas qu’une modification modeste des conditions initiales aurait empéché la catastrophe; un augmentation du ratio des capitaux propres, même en le multipliant par 2 aurait-il empêché la crise financière ?

Je ne suis pas expert, mais regardons l’enchaînement des causes:

- crise immobilière liée à un phénomène de bulle intrinsèque à ce marché
- crise des subprimes liée à la crise immobilière et au défaut d’emprunteurs non solvables
- crise bancaire liée à la diffusion des emprunts subprimes dans l’économie à travers le mécanisme des Credit Default Swaps, et donc à la propagation du défaut sur les subprimes
- crise economique et financière (actions) en conséquence

Aucune banque ne peut faire face à une demande subite de remboursement de tous ses fonds.
En l’occurence, la crise est la conséquence de l’existence de “banques” (société de crédit en fait) spécialisée sur un secteur très risqué (le prêt à des clients non solvables) et de l’existence de contrats autorisant le “remboursement” immédiat des emprunt en cas de défaut (les “CDS”)
La question des fonds propres est là secondaire.
C’est le mécanisme bancaire même (je prête ce que je n’ai pas c-à-d avec des ratios de fonds propres très nettement inférieurs à 1) qui est le problème. Pas que le ratio vaille 1/30, 1/17 ou 1/10

Ou pour être encore plus général, le capitalisme est fondé sur la possibilité de se placer aux marges de ses conditions de fonctionnement stable, et du coup il est intrinsèquement instable.

Je vois mal ce qui empêchera des esprits créatifs de travailler sur le ratio risque/rentabilité pour le minimiser, soit en passant le risque à d’autres (le CDS) soit en prenant des risques forts pour une rentabilité très forte (banque d’investissement à l’américaine)

ça n’empêche pas d’augmenter le ratio des fonds propres des banques
Tout simplement, la prochaine crise passera par un autre canal (effondrement de taux de change, retrait massif de fonds d’un pays, effondrement des prix de futures…)

Etes vous transparent ou bien transparent ?

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D’ici quelques années, on aura le choix entre:

- être transparent

… au sens où l’on publiera beaucoup de choses sur soi, dans de nombreux contextes et que les différentes facettes d’une personnalité deviendront visibles.

On apprendra à être plus tolérant: en dehors du boulot, on aura le droit de publier des photos où l’on se détend, chacun pourra avoir des passions sans passer pour un obsessionnel, la plaisanterie sera admise

Mais aussi à s’auto-censurer: rien de répréhensible moralement, peu de négatif (le minimum), pas trop de politique

Ce n’est pas si facile d’être transparent: il faut être cohérent dans ses actions, rigoureux dans son expression, prudent dans ses sujets, sous peine de se trouver en défaut.
Pris en défaut: une situation pour laquelle la tolérance ne devrait pas augmenter; pourquoi continuerait-on à accorder crédit aux propos de quelqu’un qui dira le contraire le jour suivant ?

- être tranparent

… transparent parce qu’inexistant

Le googling deviendra un reflexe (réflexe: action entreprise avant même de réfléchir)
Ceux qui n’auront pas d’existence sur internet disparaitront petit à petit, à tout le moins de l’économie moderne concurrentielle, celle où l’on est remis en cause en permanence et où l’on recherche sans cesse de nouveaux prestataires, contacts, acheteurs, etc…
Ceux pour qui la tranparence sera insupportable car ils ont des choses à cacher s’y soustrairont. Mais voilà, miracle, ce sera le meilleur moyen de savoir si quelqu’un est honnête: s’il est absent, il y aura préjugé négatif

Si on est optimiste, on peut dire que c’est une bonne chose, le retour de la réputation comme moyen d’établir la confiance, dans un monde de plus en plus incertain, manipulé par les spécialistes de la communication

Si on est pessimiste, on peut penser que les plus habiles arriveront toujours à dissimuler ce qu’ils veulent cacher et que Big Brother deviendra notre compagnon permanent

Belle question de démocratie

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Superbe exposé sur la necessité de repenser le copyright

Un grand moment d’éloquence:

http://fr.readwriteweb.com/2008/11/20/entrevues/readwriteculture-laurence-lessig/

A noter l’argument le plus fort: une loi qui criminalise les enfants corrompt l’idée même de respect de la loi.

Le modèle économique de la musique est condamné à évoluer
En réalité , on ne manque pas d’arguments pour le tuer:

- financier:
L’article de Di Cosmo (merci Serge) me parait bien résumer la réalité: il serait plus efficace de mettre en oeuvre un procédé de licence globale (on le fait bien pour la TV, à travers la redevance et la taxe sur le CA des opérateurs télécoms)

- moral:
Quand un bon tiers de votre population a un comportement “illégal”, c’est peut-être que la “loi” n’est plus adaptée à votre société.

- pragmatique:
A ce jour toutes les mesures pour contourner le piratage se sont avérées inefficaces, et on ne voit pas pourquoi cela changerait (je me répète)

- socio-économique:
Comme dit ici, le format physique est obsolète, et le concept d’album à du plomb dans l’aile, avec l’avènement des flux de titres personnalisés

L’analyse rationnelle devrait donc facilement convaincre, … si il n’y avait pas autre chose.

Derrière tout cette discussion, dans l’inconscient politique et électoral, il y a une remise en cause de concepts comme la propriété, le respect de la loi, le système marchand, le contrôle des artistes “improductifs”, des comportements de la jeunesse…: une véritable boîte de Pandore.
Bien courageux(se) qui se risquera à l’ouvrir.

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Point de rupture pour l’industrie musicale

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2009 sera probablement une date à marquer dans l’histoire de la musique.
D’une part la crise économique s’annonce chaque jour plus brutale avec son lot d’annonces anxiogènes, licenciements, faillites, chutes boursières, restriction du crédit, sans parler des guerres, et on peut imaginer que dans ce contexte, il devienne presque indécent d’acheter de la musique, bien de confort s’il en est, à un prix qui n’est plus perçu comme légitime.

D’autre part, l’offre illégale devient pléthorique. Le lobbying des industries musicales pour mettre en place des lois répressives sur le piratage ayant été globalement mal perçu par le public des consommateurs et surtout contreproductif auprès des pirates. Une noria d’activistes le plus souvent passionnés, parfois financièrement interessés par des revenus publicitaires, ont mis en place des copies pirates en téléchargement gratuit un peu partout sur le net, sur des services d’hébergement anonymes, comme par exemple rapidshare, le bien nommé. Ces fichiers sources sont difficiles à identifier, lourdes à éradiquer, leurs propriétaires difficilement traçables et la répression est peu rentable, car elle touche des petits acteurs (la long tail du piratage).
Et on est toujours à environ 1/3 des internautes qui piratent

Mais surtout, les pratiques d’écoute musicale changent.
Pendant 50 ans on a écouté des albums, sous des formats divers, 78 T, 33T, K7, CD, dans sa voiture ou chez soi, plus rarement en mobilité.
C’est fini.

La musique se dématérialise. Les ventes physiques ont été divisées par 2 en 5 ans. Par 10 pour les ventes de single.
L’Ipod a tout écrasé et on écoute maintenant les morceaux en mobilité ou sur son ordinateur (5 milliards de titres vendus sur l’iTunes Music Store, par ailleurs premier détaillant musical aux US devant tous les circuits classiques offline). A supprimer l’objet physique, on fragilise le concept même d’album. Les derniers IPod proposent une fonction Genius qui permet de générer un ordre d’écoute à partir d’un morceau germe, en fonction d’algrithmes d’affinités entre les morceaux
Le support physique n’est finalement plus adapté car il impose un carcan trop rigide face à des habitudes de consommation où l’on veut tout tout de suite.

Un marqueur clair de cette tendance, c’est l’affirmation des radios IP.
Pandora, Last.fm, deezer, … sont maintenant des services mûrs qui touchent un grand public, habitué à ouvrir un robinet d’où s’écoule la musique de son choix, sans même à avoir à faire l’effort de structurer ce flux.

La musique est devenue une commodité, comme l’eau ou l’electricité, et elle ne coûte pas vraiment plus cher.

Lentement on se dirige vers un modèle de bien public, financé par la taxe.
Aujourd’hui la taxe collectée (par la Socorep) représente 80M€, soit environ 10% du CA de gros musique.
On est donc déjà entré dans cette logique de substitution.

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La fin du libéralisme économique ?

Avec la crise financière, on entend bien des donneurs de leçon, en particulier sur la gauche de la tribune, crier que c’est la fin d’un modèle.

Fin du capitalisme pour certains, une grossière erreur.
Le monde tourne depuis maintenant longtemps sur le principe que des intérêts privés sont la source principale de la croissance (et donc de l’argent dégagé pour payer des services de santé, d’éducation, des retraites, de la protection militaire, policière et judiciaire, sans parler du pouvoir d’achat et de meilleures conditions de vie), en recherchant leur profit personnel par l’affection de leurs capitaux aux projets qui leur semble les plus rentables. On ne voit pas en quoi le fait que certains ait perdu leur chemise en empêcherait d’autres de continuer à jouer. Après tout, c’est le principe même de la concurrence: il y a des perdants

Fin du libéralisme économique ?
Le sujet est plus subtil: le libéralisme, pour faire simple, c’est que les marchés sont efficaces sous réserve d’une régulation efficace, et qu’il ne faut donc pas les entraver.
Voilà qui est plus difficile à discuter.
D’abord apparaît pour la première fois de façon si criante la faille théorique: qu’appelle-t-on une régulation efficace ?
Il apparaît maintenant clairement qu’une régulation est un ensemble de conventions basé sur des compromis pour essayer d’équilibrer des rapports de force entre producteurs et consommateurs.
La nature même de la concurrence pousse à la concentration des entreprises pour gagner de la rentabilité par effet d’echelle, augmenter son influence sur le marché et pouvoir mieux dicter ses conditions, et au bout du compte débouche sur des oligopoles, et, en l’absence complète de régulation, sur le monopole.
Ce qui fait que la concurrence porte en germe en elle-même sa destruction, une analyse très peu nouvelle puisqu’elle date de Marx !
Donc la régulation vise à maintenir l’existence d’une concurrence qui d’elle-même va vers sa disparition.
C’est forcément artificiel et arbitraire. C’est quoi une position dominante ? 50% de part de marché ? 62,8% ? 33,141592% ?
Donc contestable.

Mais bon, la difficulté à définir le gris n’empêche pas que le blanc et le noir ont une existence objective.
De même des esprits de bonne volonté finissent par s’accorder sur une façon de réguler acceptable. On est cependant en plein dans le pragmatisme, loin de la théorie, et déjà plus dans l’idéologie.
Peut-être donc la fin de l’idéologie du libéralisme. La fin des sermons sur le laisser-faire, qui cachaient surtout un vide conceptuel.

Mais, la fin du libéralisme économique?
D’un côté non, puisque tout le monde se précipite pour sauver le système. Avec un discours indécidable entre “l’auto-régulation du marché a failli, instillons un minimum d’action politique pour que ça puisse perdurer” et “c’était juste mal régulé, la faute aux politiques, mais on y arrivera la prochaine fois”
Avec au bout du compte l’envie de maintenir les règles du jeu qui prévalaient hors situation de crise

D’un autre côté, et c’est là que je voulais en venir, des nouveaux discours en rupture totale:

- “il faut soutenir les banques coûte que coûte”: il en va de la survie de l’économie. L’argument est peut-être économiquement fondé, mais politiquement il est faible car définitivement suspect. N’est-ce pas un prétexte à tous les copinages ? Un réflexe de caste ? etc… Et d’ailleurs, n’est-ce pas étrange que les US ait laissé chaviré la banque étrangère (anglaise) Lehman, et pas les banques nationales ?
Mais admettons qu’il passe, au bénéfice du doute.

- “il faut soutenir l’activité, à temps exceptionnels , solutions exceptionnelles; activons la dépense publique”. Voilà qui est encore moins orthodoxe. Le libéralisme ça marche , mais que quand tout va bien, en fait ? Peu rassurant pour une doctrine. Et comment définit-on que tout va bien ? Le ver est dans le fruit. Surtout si on applaudit la décision du gouvernement chinois de relancer son marché intérieur massivement. La Chine, gouvernement autoritaire d’un pays traversé par les crises écologiques et les scandales sanitaires, pas l’exemple parfait du libéralisme (sans parler des 3000 condamnés à mort executés par an)

- mais le point de non retour est atteint quand on nous explique qu’il faut sauver l’industrie automobile américaine, un symbole, “elle a construit ce pays”, un actif stratégique (militaire), une contribution trop importante au tissu industriel. En réalité une faillite qui est la conséquence de choix industriels et marketing desastreux, bref l’illustration même de ce qu’une concurrence saine doit faire disparaitre.
A supposer que des mesures de conservation soient effectivement prises, quelle sera la crédibilité des USA pour imposer à d’autres pays (euh la chine ?) des mesures libérales ? Aucune

C’est donc bien à un grand retour de l’Etat, de la volonté politique, à laquelle on assiste maintenant, réclamé à cor et à cri par ceux-la même qui ont le plus à perdre (les détenteurs d’actifs financiers) et qui souhaitaient sa disparition il y a peu encore.

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“La gouvernement civil est en réalité institué pour défendre les riches contre les pauvres”
Adam Smith, économiste écossais( 1723-1790), auteur de la Richesse des nations (1776), oeuvre fondatrice du libéralisme.

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